La Rencontre Annuelle des Musulmans de France : Un Entre-Soi Islamiste et Patriarcal
RAMF : Un Entre-Soi Islamiste et Patriarcal au Bourget

La RAMF dévoile un univers patriarcal et ultraconservateur

Avec un retard approchant les trois heures et demie, la Rencontre Annuelle des Musulmans de France (RAMF) a finalement ouvert ses portes au Bourget. Dès l'entrée, l'ambiance est donnée par cinq petits boxes alignés servant de caisses, chacun tenu par deux à trois jeunes femmes voilées. Cette première impression s'avère révélatrice d'un univers profondément patriarcal et ultraconservateur, où les normes vestimentaires imposées aux femmes sont omniprésentes.

Une uniformisation rétrograde du corps féminin

À l'intérieur, l'écrasante majorité des femmes – qu'elles soient visiteuses, exposantes ou membres de l'organisation – portent le voile. Les styles varient du hidjab au jilbab, avec même des formes de niqab où des masques chirurgicaux dissimulent le visage, trahissant une motivation misogyne. Dès l'entrée, trois femmes en jilbab sombre et masque chirurgical noir tiennent un stand sur la toilette rituelle des défunts, illustrant cette obsession du contrôle féminin.

Sur les stands, les femmes voilées se montrent aimables et souriantes, bien qu'il soit parfois difficile de distinguer leur sourire derrière les masques. Quelques-unes, assez rares, assument un voile intégral où seuls les yeux sont visibles. Plusieurs petites filles âgées de 6 à 8 ans se promènent voilées dans les allées, une forme de maltraitance infantile qui ne semble gêner personne dans cet entre-soi islamiste. Il faut se concentrer pour apercevoir, dans cet océan de voiles, quelques chevelures féminines à l'air libre. Bien sûr, patriarcat oblige, aucun homme ne se cache entièrement sous un vêtement pour « préserver sa pudeur ».

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Des livres qui légifèrent la vie des femmes

Cette uniformisation rétrograde d'une pudeur féminine créée et dictée par des hommes trouve ses explications dans les ouvrages vendus sur place. Un nombre important concerne les femmes : de l'injonction vestimentaire au port du voile jusqu'à l'encadrement de leurs sorties hors du foyer, en passant par la bonne manière islamique de nettoyer leurs menstrues. Toute la vie, les choix et les actes de la femme sont micrométriquement légiférés dans des dizaines de livres, dont certains sont adaptés aux petites filles.

Cette obsession du corps féminin et ce consentement à la soumission patriarcale sont fièrement brandis dans l'espace public, y compris ici au Bourget. C'est la plus brillante démonstration de la réussite propagandiste de l'islamisme politique, dont le corps des femmes est le totem, et le voile l'outil politique et prosélyte de prédilection.

Des ouvrages aux contenus choquants et violents

Parmi des ouvrages plus consensuels, certains livres aux contenus choquants sont présents à chaque édition. Il y a l'incontournable La Voie du musulman du théologien salafiste Abou Bakr Djaberi El Djazairi : ce best-seller glorifie le djihad armé et la mort en martyr, valide la peine de mort pour les musulmans qui oseraient quitter l'islam, et codifie les violences conjugales. On trouve également Le Licite et l'illicite en islam du théologien Frère musulman Youssef Al-Qaradawi, interdit de territoire en France depuis son invitation à la RAMF en 2012, qui prône la même violence envers les femmes, le même désir de les cacher sous un voile pour ne pas exciter les hommes et la peine de mort pour les homosexuels.

Ces livres côtoient ceux d'Hani Ramadan – frère de Tariq et petit-fils du fondateur des Frères musulmans, lui aussi interdit de territoire –, ainsi que des ouvrages chiites, dont des recueils de fatwas de l'ayatollah Al-Khomeyni. La présence de ces textes radicalisés souligne l'idéologie extrémiste qui imprègne l'événement.

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Des intervenants liés aux Frères musulmans et des cautions complaisantes

Les ateliers et conférences abordent des questions spirituelles, familiales, éducatives et politiques. Contrairement aux éditions précédentes, il n'y a pas de têtes d'affiche capables d'attirer un public plus large – une intervenante, Feiza Ben Mohammed, le déplore elle-même. En revanche, tous les participants sont liés à l'idéologie des Frères musulmans : Fatima Becheri, intervenante à l'IESH (institut frériste dissous en 2025 par le ministère de l'Intérieur) ; Othmane Iquioussen, fils du prédicateur Hassan Iquioussen expulsé du territoire français ; Feiza Ben Mohammed, ancienne membre du CCIF et aujourd'hui journaliste pour une agence de presse liée à l'AKP d'Erdogan. Aucun imam ou islamologue progressiste n'a été convié. On reste dans un entre-soi frériste.

Les cautions non musulmanes sont des habitués complaisants. Le sociologue Raphaël Liogier, invité récurrent, avait autrefois affirmé que le voile est « une forme de modernité et de féminisme ». Cette année, il qualifie la RAMF d'« immense kermesse bon enfant, typique de la modernité », avant de lancer à l'auditoire : « On vous empêche de manifester parce que vous êtes musulmans. » Un discours qui nourrit le sentiment victimaire cher à l'islamisme politique.

Tous les intervenants confondent méthodiquement musulmans et islamistes pour marteler le même message : les musulmans sont persécutés. Tous affirment que les accusations d'être Frères musulmans sont ridicules, alors que l'idéologie frériste transpire dans chaque recoin de la RAMF.

L'ambition totalisante de l'islamisme : rien ne doit y échapper

Observer la RAMF révèle l'ambition totalisante de l'islamisme : tous les aspects de la vie, de la petite enfance jusqu'à la mort, doivent être vus à travers le prisme de la religion. Cela se matérialise dans les stands : jeux et livres pour enfants dont plusieurs ne représentent pas les visages humains, soutien scolaire intégrant un islam conservateur, syndicat étudiant EMF (branche estudiantine des Frères musulmans) assurant le maillage à l'université, finance islamique, entreprises islamiques, actions caritatives islamiques, jusqu'à une plateforme de streaming qui copie les codes visuels de Netflix. Aucun champ de la vie privée, sociale, aucune profession, aucun loisir ne doit y échapper.

Cela n'est pas pour déplaire à Nader Abou Anas, influenceur néo-salafiste aux centaines de milliers d'abonnés, connu pour ses propos dégradants sur les femmes : il est l'invité d'honneur de la soirée du samedi, sur l'estrade centrale de la RAMF.

« Musulmans de France » pour importer un islam identitaire d'ailleurs

Lors du discours d'ouverture, le président de « Musulmans de France », Makhlouf Mamèche, a affirmé tenir « le plus grand rassemblement des musulmans de France ». Une déclaration habile qui réactive la polémique du changement de nom de l'UOIF en 2017 : les Frères musulmans ne prétendent pas seulement représenter les adhérents à leur idéologie – ils revendiquent de parler au nom de l'ensemble des musulmans Français. Critiquer « Musulmans de France » reviendrait alors à s'en prendre à tous les musulmans.

Entre les stands de pâtisseries et de vêtements orientaux, entre les ventes de hidjabs et de jilbabs, les dialectes maghrébins sont aussi présents que le français. Certains vendeurs peinent même à s'exprimer en français. Les appels permanents à soutenir Gaza renforcent le sentiment que « l'islam de France » a moins sa place ici que « l'islam en France ». L'appellation « Musulmans de France » – comme « Musulmans d'Espagne » ou « Musulmans d'Allemagne » – dit tout : l'appartenance religieuse, géographiquement ancrée entre le Maghreb et le Moyen-Orient, supplante l'appartenance nationale. « Musulmans de France » prend tout son sens au détriment de « Français musulmans ».

Galvanisé par la foule de ce samedi, Makhlouf Mamèche donne déjà rendez-vous l'année prochaine, du 26 au 29 mars 2027, pour un nouvel entre-soi communautaire, identitaire et ultraconservateur. Cet événement, loin d'être une simple rencontre religieuse, se révèle être un bastion de l'islamisme politique, où le patriarcat et l'extrémisme trouvent un terreau fertile pour prospérer en France.