Mgr François Bustillo : Redonner vie à l'Église par la piété populaire en Corse
Mgr Bustillo : L'Église et la piété populaire en Corse

Mgr François Bustillo : Redonner souffle à l'Église par la culture des peuples

Depuis sa nomination à la tête du diocèse d'Ajaccio en 2021, Mgr François Bustillo, 57 ans, a placé la réhabilitation de la piété populaire au cœur de son action pastorale. Ce franciscain, créé cardinal en 2023 par le pape François, a réussi à faire venir ce dernier en Corse quatre mois avant sa mort. Dans ses « Carnets corses », parus chez Fayard à la veille de Pâques, il raconte son quotidien épiscopal, des fêtes patronales aux routes de montagne qu'il parcourt en voiture, vêtu de son habit religieux.

Un regard méditatif sur la mission pastorale

Le prélat livre un regard profond sur sa vie de pasteur et la place de l'Église dans une société occidentale marquée par la sécularisation. Interrogé sur la jeunesse de ses mémoires, il précise : « Ce ne sont pas des mémoires, Dieu merci. Je suis en Corse depuis cinq ans, j'ai appris à connaître cette île dans ce qu'elle a de plus profond. Cela me permet de répondre à cette question : quelle est la mission d'un évêque ou d'un cardinal ? » Il souligne que la majorité du peuple ne perçoit que le côté administratif et cultuel, occultant l'animation pastorale et les rencontres villageoises.

La proximité comme maxime

Dans son précédent ouvrage, Réparation, Mgr Bustillo suggérait aux politiques de vivre dans la proximité. En tant que pasteur, il s'applique cette même maxime, affirmant que sa mission se déploie dans le concret et les gestes simples. « Un évêque vit au milieu d'un peuple », insiste-t-il, rejetant l'élitisme parfois attribué à l'Église. Pour lui, la religiosité populaire unifie et apporte un élément vital à une société trop cérébrale.

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La Corse, laboratoire de laïcité

Le cardinal évoque la piété populaire, au cœur de la visite du pape François en 2024, et son articulation avec la laïcité. Il décrit une laïcité originale en Corse, où la foi déborde de l'église sans esprit de domination. « Sur le continent, les rapports religieux sont souvent conflictuels. Ce n'est pas le cas en Corse, où le modèle de laïcité est plus souple, et la religion rassemble », explique-t-il. Il défend l'idée que l'île soit un « laboratoire de laïcité » pour la France, exportant une manifestation sereine du sacré dans l'espace public.

Une Église qui déborde de ses murs

Sollicité pour bénir des routes, des infrastructures sportives ou des sièges sociaux, Mgr Bustillo voit dans ces demandes une familiarité illustrant la place symbolique de l'Église. « L'Église doit déborder des murs physiques de l'église », affirme-t-il, encourageant une présence dans les moments importants de la vie sociale. En Corse, neuf habitants sur dix se déclarent catholiques, un taux trois fois supérieur à la moyenne nationale, grâce à des racines historiques et culturelles profondes.

Racines et renouveau spirituel

Le cardinal, proche du pape Léon XIV, est convaincu que l'Église doit s'appuyer sur les racines des peuples pour réveiller leur ferveur. « Faire un pèlerinage vers les racines n'est pas un retour vers le passé. Ce sont les racines qui nourrissent les arbres. Tout peuple a besoin de ses racines, sinon il se fragilise », dit-il. Pour réparer une Église en crise, il préconise une présence sociale sans complaisance ni complexe, apportant spiritualité et qualité relationnelle.

Message de Pâques : paix et réconciliation

En cette Semaine sainte, Mgr Bustillo délivre un message de Pâques axé sur la paix et la fraternité. Face aux conflits internationaux, il estime que la société a besoin d'un leadership spirituel et éthique. « Le propre d'une autorité ecclésiastique est de chercher à humaniser, réparer et favoriser le dialogue entre les peuples », conclut-il, appelant à un message essentiel de réconciliation.

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