La Fraternité Saint-Pie X (FSSPX), mouvement catholique traditionaliste, s'apprête à ordonner quatre évêques ce mercredi sans l'aval du Vatican, un acte qui pourrait acter une rupture avec Rome. Le pape Léon XIV a lancé un ultime appel, dans une lettre datée du 29 juin, demandant à la communauté de « renoncer à son projet ». En 1988, une ordination similaire avait entraîné l'excommunication de la communauté, levée en 2009 par Benoît XVI.
Un mouvement traditionaliste déterminé
Fondée par l'évêque français Marcel Lefebvre, la FSSPX rejette les évolutions du Concile Vatican II (1962-1965) et reste attachée à la messe en latin de rite tridentin. Elle compte environ 600 000 fidèles dans le monde, 751 prêtres, 264 séminaristes et près de 800 lieux de culte dans 77 pays. Malgré l'opposition papale, elle ordonnera deux Français, un Américain et un Suisse.
Les futurs évêques : parcours et profil
Michel Poinset de Servigny, 42 ans, issu d'une famille de sept enfants, a exercé dans le réseau d'écoles hors contrat du mouvement avant de devenir supérieur du district du Benelux en 2022. Marc Hannapier, né en 1990 dans une famille de dix enfants, a également travaillé dans les écoles du mouvement avant de s'installer aux États-Unis en 2020, où il enseigne dans un séminaire en Virginie. La cérémonie d'ordination se déroulera lors d'une grand-messe en latin d'environ quatre heures, en plein air à Ecône, en Suisse, devant quelque 15 000 fidèles attendus.
Justification et position du Vatican
L'abbé Michel Rion, professeur de théologie au séminaire d'Ecône, a déclaré à l'AFP : « Ce n'est pas un acte de rébellion, c'est un acte pour l'amour de l'Église, malheureusement avec des autorités (du Vatican) qui, aveuglées, ne réalisent pas que c'est pour elles que nous faisons ça ». La FSSPX estime que la consécration sans juridiction attitrée exclut tout schisme, mais le Vatican considère cet acte comme une insubordination directe entraînant une excommunication automatique et un « acte schismatique ».
Réponse de la FSSPX et conséquences
Le supérieur général de la Fraternité, l'abbé italien Davide Pagliarani, a maintenu la décision dans une réponse publiée mardi, assurant que la FSSPX n'est « ni schismatique ni hostile à l'Église ». Le pape Léon XIV a souligné qu'en cas d'acte schismatique, les sacrements administrés par ces évêques ne seraient plus reconnus. En 1988, l'ordination avait conduit à une excommunication immédiate, levée en 2009. Le pape François avait rétabli la validité des confessions et mariages célébrés par des prêtres de la Fraternité à partir de 2015. Léon XIV avait également tendu la main en célébrant la messe en latin en octobre dernier.
Un mouvement minoritaire mais influent
Bien qu'influente dans certains milieux conservateurs, la FSSPX demeure minoritaire face aux 1,3 milliard de catholiques dans le monde. Elle justifie cette ordination par une « nécessité » : elle ne compte que deux évêques en activité, limitant sa capacité à assurer sa croissance. En 2019, la Miviludes, organisme gouvernemental français, se disait « très vigilante sur ce mouvement ».



