Un dialogue apaisé sur l'islam sous l'égide de France Culture
Le ton patelin et bienveillant de la conversation qui s'est déroulée samedi dernier, sous le regard attentif d'Alain Finkielkraut, offre un rare moment de sérénité. Alléluia, il est effectivement possible d'échanger paisiblement sur les différentes manières de « penser l'islam, entre inquiétudes contemporaines, héritage historique et enjeux de modernité », comme le précise le résumé de l'émission Répliques, diffusée chaque semaine sur France Culture.
Un échange courtois entre deux visions
Un dialogue courtois s'est instauré entre l'essayiste Ferghane Azihari et l'islamologue Ghaleb Bencheikh, autour de deux lectures de l'islam. Leurs divergences ne sautent pas immédiatement aux yeux lorsqu'il s'agit de recenser les travers communs aux différents mondes se revendiquant de cette croyance.
L'essayiste comprend parfaitement les craintes que suscite le monde musulman, tandis que l'islamologue reconnaît qu'« une crainte de l'islam – et des peurs irraisonnées dans certains cas – est justifiée ». Le premier explique ces appréhensions par « le nombre de régimes tyranniques qui le composent, l'inégalité entre les hommes et les femmes, le sort des minorités, des incroyants et la violence qui le traverse ».
Le second les attribue à « une séquence de terreur, d'épouvante, de barbarie qui s'est abattue au nom de cette tradition religieuse par des criminels, des extrémistes, des illuminés, des exaltés ».
Des constats partagés mais des interprétations différentes
Lorsque Ferghane Azihari constate que l'Afghanistan n'est pas submergé par les excès du féminisme, pas plus que l'Algérie ne l'est par les demandes de visa, Ghaleb Bencheikh apporte une explication historique. Il évoque « un apogée civilisationnel » suivi d'une période de stagnation et de régression, puis d'une crise persistante.
Cette conversation urbaine oppose la critique sans complaisance d'Azihari, qui dénonce une idéologie incapable de se réformer, à la volonté de Bencheikh d'attribuer une partie des critiques aux contextes historiques et aux contingences des sociétés musulmanes.
Un traitement radicalement inégal face aux critiques
Il est frappant de constater que l'islamologue ne risque pratiquement rien à partager une partie des constats de l'essayiste, tandis que Ferghane Azihari se retrouve massivement menacé. Ce dernier est régulièrement désigné comme « islamophobe » sur les réseaux sociaux, traité de « native informant » dans l'émission de Ghaleb Bencheikh lui-même.
Pourquoi Azihari mériterait-il d'être décrit comme un « pantin de service qui vient cracher sa haine des musulmans pour manger à la gamelle de l'extrême droite » par le député Insoumis Thomas Portes ? Pourquoi Le Monde consacre-t-il un article long et creux pour disqualifier le parcours de l'essayiste sans avancer le moindre argument sérieux concernant son livre ?
La disqualification systématique des critiques de l'islam
La question fondamentale demeure : pourquoi Ferghane Azihari devrait-il risquer sa vie pour avoir exprimé son point de vue, alors qu'un contradicteur partageant une partie substantielle de sa critique bénéficie pleinement de son droit à penser ?
Tout simplement parce que, aussi curieux que cela puisse paraître dans un monde où il est possible de changer de genre comme de forfait mobile, renoncer à sa religion ou la critiquer ouvertement reste dangereux et suspect lorsqu'il s'agit de l'islam.
Vous pouvez vanter les bienfaits du communisme et de l'homéopathie ou dénoncer les « dangers » de la vaccination sans grand risque. En revanche, considérer l'islam en tant qu'idéologie responsable d'une partie des affres traversant les mondes musulmans n'est possible qu'au prix d'une disqualification systématique et de menaces réelles.
Pourtant, personne ne saurait trouver dans ce dialogue documenté et sincère – pas plus que dans le dernier livre d'Azihari – le moindre élément qu'il n'aurait pas le droit de citer ou qui pourrait être assimilé à du racisme. Le débat mériterait une approche plus équilibrée et moins périlleuse pour ceux qui osent exprimer des critiques fondées.



