Le cardinal Vesco, artisan de la visite historique du pape en Algérie
Le voyage du pape Léon XIV en Algérie trouve son principal architecte en la personne du cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque d'Alger. Avec une passion débordante, ce religieux a transformé cet événement historique – la première visite d'un pape dans le pays – en une célébration de la fraternité. « Le pape vient en frère au milieu d'un peuple majoritairement musulman, et il sera accueilli en frère », affirme-t-il à quelques jours de cette visite de deux jours, destinée notamment à honorer saint Augustin, figure centrale pour ce pontife.
Un voyage apostolique aux enjeux complexes
Ce voyage apostolique peut sembler délicat, compte tenu de la nature autoritaire du pouvoir militaire algérien. Face aux critiques, le cardinal Vesco répond avec fermeté : « Le pape ne vient pas visiter un régime, il vient rencontrer un peuple. Je n'ai pas encore croisé un seul Algérien vivant ici qui soit contre cette visite ». Il ajoute que la lecture politique, bien que légitime, reste incomplète, car l'essentiel réside dans la capacité du pape à toucher les cœurs.
Né à Lyon en 1962, Jean-Paul Vesco, frère dominicain et archevêque d'Alger après avoir dirigé le diocèse d'Oran, a été créé cardinal par le pape François en 2024. Naturalisé citoyen algérien en 2023, il a dédié son existence à cette terre. « Je m'identifie à un peuple avec lequel j'ai vie liée et que plus de vingt ans de vie commune m'ont appris à connaître, y compris dans ses blessures », confie-t-il. Cet homme, déchiré par les tensions entre la France et l'Algérie, refuse de ressasser le passé et se veut un acteur tourné vers l'avenir, notamment à travers l'élan de la jeunesse.
Une mission ancrée dans l'histoire et l'avenir
Jean-Paul Vesco s'inscrit dans la lignée de grandes figures de l'Église catholique algérienne, comme le cardinal Léon-Étienne Duval, évêque d'Alger de 1954 à 1988. Ce dernier a marqué la présence chrétienne en Algérie en prêchant la fraternité, même pendant la guerre d'indépendance. « Comme Camus, il anticipait une indépendance où cohabiteraient les deux communautés », explique l'archevêque actuel. Duval a encouragé les religieux à rester après l'indépendance, un geste fort qui a façonné l'Église d'aujourd'hui.
Le cardinal Vesco semble prédestiné à cette mission : né le 10 mars 1962, il a neuf jours lors de la signature des accords d'Évian. Ancien avocat, il découvre sa vocation à 33 ans et rejoint les dominicains. Ordonné prêtre en 2001, il étudie à l'École biblique de Jérusalem avant d'être envoyé en Algérie en 2002. Son engagement est aussi influencé par Pierre Claverie, évêque d'Oran assassiné en 1996, dont la mort l'a profondément marqué.
Une Église minoritaire mais significative
Le diocèse d'Alger compte aujourd'hui une trentaine de prêtres et une cinquantaine de religieuses et religieux, une réalité modeste comparée aux plus de 250 évêchés du temps de saint Augustin. « Je suis heureux et fier d'avoir la responsabilité d'une Église qui est petite, mais qui a du sens, au milieu du monde musulman », déclare Jean-Paul Vesco. Réputé pour son écoute et son sens du dialogue, il a organisé la béatification de Pierre Claverie et d'autres religieux assassinés, agissant comme un réconciliateur entre la France et l'Algérie.
Il reconnaît que « l'Algérie n'est pas sortie du traumatisme colonial, ce traumatisme qui est celui d'une mémoire collective d'humiliation ». Dans un article de La Croix en 2022, il écrit que pieds-noirs et Algériens partagent un même amour pour cette terre et une même blessure, sans responsabilité mutuelle. Pour sortir de cette impasse, il mise sur la jeunesse et la vitalité du pays, soulignant que « la curiosité, l'envie, la soif de l'autre font partie de l'âme algérienne ».
À la veille d'accueillir le pape Léon XIV, Jean-Paul Vesco est convaincu que cette visite historique touchera les Algériens au cœur, marquant durablement l'histoire du pays par les paroles échangées et les émotions partagées.



