L'Institut national d'études démographiques (Ined) a publié une étude majeure le 7 juillet 2026, qui dresse un état des lieux inédit des familles homoparentales en France. Selon ces travaux, environ 300 000 enfants de moins de 18 ans vivent dans un foyer homoparental, soit 2% des mineurs du pays. Ce chiffre, en constante progression, reflète les mutations profondes de la cellule familiale française, portées par l'ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes en 2021 et par l'évolution de la jurisprudence en matière de filiation.
Une progression notable depuis la loi bioéthique de 2021
L'étude de l'Ined, intitulée « Les familles homoparentales en France : une réalité en expansion », s'appuie sur les données du recensement et de l'Étude des relations familiales et intergénérationnelles (Erfi). Elle montre que le nombre d'enfants vivant avec deux parents de même sexe a augmenté de 40% entre 2020 et 2025. Cette hausse est directement liée à la loi de bioéthique de 2021, qui a élargi l'accès à la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules. Avant cette loi, les familles homoparentales étaient souvent issues de projets parentaux antérieurs, de coparentalité ou d'adoptions.
« La PMA a été un véritable accélérateur de la visibilité et de la reconnaissance des familles homoparentales », explique Laurent Toulemon, démographe à l'Ined et co-auteur de l'étude. « Aujourd'hui, un quart des enfants nés dans une famille homoparentale l'ont été grâce à une PMA réalisée en France, contre seulement 5% avant 2021. »
Des configurations familiales diverses
L'Ined distingue plusieurs types de familles homoparentales. La majorité (65%) est composée de couples de femmes, ce qui s'explique par l'accès à la PMA et à l'insémination artisanale. Les couples d'hommes représentent 25% des foyers, souvent via la gestation pour autrui (GPA) à l'étranger ou l'adoption. Enfin, 10% des enfants vivent dans une configuration de coparentalité, où les parents sont de même sexe mais ne forment pas un couple.
L'étude révèle également que 70% des familles homoparentales résident dans les grandes agglomérations, notamment en Île-de-France, dans le Sud-Est et en Rhône-Alpes. « Ces familles sont plus urbaines que la moyenne, ce qui reflète à la fois une plus grande acceptation sociale et un accès facilité aux services de PMA », note Toulemon.
Des défis juridiques persistants
Malgré les progrès législatifs, de nombreuses familles homoparentales restent confrontées à des obstacles juridiques. La filiation n'est pas toujours reconnue pour les deux parents, surtout dans les couples d'hommes ayant eu recours à la GPA à l'étranger. En 2025, la Cour de cassation a assoupli sa position en autorisant la transcription des actes de naissance étrangers pour les enfants nés par GPA, mais des disparités persistent selon les départements.
« Le droit français reste en décalage avec les réalités familiales », déplore Caroline Mécary, avocate spécialisée en droit de la famille. « Nous avons encore des parents qui doivent adopter leur propre enfant pour établir un lien de filiation, ce qui est absurde. » Selon l'Ined, 15% des familles homoparentales déclarent avoir rencontré des difficultés administratives ou juridiques pour faire reconnaître leur parentalité.
Un impact sur la société et les politiques publiques
L'étude de l'Ined a des implications importantes pour les politiques publiques. Les auteurs recommandent une harmonisation des règles de filiation au niveau national et un meilleur accompagnement des familles homoparentales dans leurs démarches. Ils soulignent également la nécessité de former les professionnels de la petite enfance, de l'éducation et de la santé à la diversité familiale.
« La famille française n'est plus monolithique. L'État doit s'adapter à cette réalité pour garantir l'égalité des droits à tous les enfants, quel que soit le genre de leurs parents », conclut Laurent Toulemon. L'Ined prévoit de poursuivre ses observations pour suivre l'évolution de ces familles dans les années à venir, notamment avec l'impact potentiel de la future loi sur la filiation, actuellement en discussion au Parlement.



