Les associations humanitaires multiplient les missions d'urgence à travers le monde, du Liban à l'Ukraine en passant par Mayotte et les Antilles. Guerres, séismes, cyclones, attentats ou catastrophes technologiques comme l'explosion du port de Beyrouth en 2020 : les besoins sont immenses. L'Unicef estime à 473 millions le nombre d'enfants vivant dans des zones de conflit, un record depuis la Seconde Guerre mondiale. Au Liban, la Croix-Rouge libanaise couvre plus de 80 % des soins médicaux d'urgence et près de 40 % des besoins en transfusion sanguine, avec plus de 800 volontaires sur le terrain.
La Fondation de France en première ligne
Active au Liban depuis 2020, la Fondation de France a intensifié son soutien aux populations civiles – majoritairement des femmes, des enfants et des personnes âgées – via une centaine d'opérations : hébergement, accès à la nourriture, à l'eau, aux soins, continuité de l'éducation et soutien psychosocial. L'organisation est aussi présente en Ukraine depuis le début de la guerre. À Mayotte, frappée par le cyclone Chido en décembre 2024, elle a mené 238 actions pour 19 millions d'euros, notamment pour le programme d'accès à l'éducation des enfants vulnérables de l'association Le Village d'Eva.
La fondation Apprentis d'Auteuil, installée à Mayotte depuis 2008, concentre ses interventions sur les jeunes et les familles : scolarisation, protection de l'enfance. « Depuis quatre ans, on assiste à une accélération de nos interventions », constate Frédéric Théret, directeur du développement à la Fondation de France.
Des dons spécifiques pour l'urgence
Les missions d'urgence sont financées par des appels à dons dédiés, qui ne perturbent pas les autres projets (recherche médicale, aide aux isolés). En 2025, les dons d'urgence ont atteint 29 millions d'euros, soit moins de 7 % des dons totaux de la fondation. « 90 % des donateurs d'urgence ne soutiennent pas d'autres causes », précise Frédéric Théret. Le montant moyen d'un don est de 150 euros, avec une fourchette de 2 à plusieurs milliers d'euros. « Ce sont des dons émotionnels, les Français réagissent après avoir vu un reportage. »
Ces dons sont de plus en plus numériques, avec un profil de donateurs plus jeune. Le ZEvent, destiné aux 18-35 ans amateurs de jeux vidéo, a collecté 16 millions d'euros en trois jours, record mondial de collecte en ligne.
Des avantages fiscaux pour les donateurs
Les dons ouvrent droit à une réduction d'impôt sur le revenu de 66 % du montant versé, dans la limite de 20 % du revenu imposable. Depuis le 14 octobre 2025, les dons à certains organismes bénéficient d'une réduction de 75 % dans la limite de 2 000 euros par an (contre 1 000 auparavant). Pour l'impôt sur la fortune immobilière (IFI), la réduction est de 75 % du don, plafonnée à 50 000 euros par an. Les 193 600 foyers assujettis à l'IFI en 2025 préfèrent souvent cette option, car la réduction s'applique immédiatement, sans attendre la déclaration de revenus.
Une tendance à la baisse
Malgré une progression des dons en 2025 (+12 %), la tendance est au tassement. Selon le 7e baromètre de la solidarité des Français (Apprentis d'Auteuil, mars 2026), 17 % des Français ont donné à une association au premier trimestre 2026, contre 20 % un an plus tôt. Chez les hauts revenus, la proportion chute de 41 % à 26 %.
Christian Wintenberger, directeur marketing à la Fondation Apprentis d'Auteuil, explique : « L'élan de générosité post-Covid est retombé. L'accumulation des urgences et leur durée génèrent une fatigue, un repli sur soi. Le climat politique anxiogène et les incertitudes fiscales conduisent à l'attentisme. » Cette baisse réduit la visibilité des associations et limite leur action, alors que les pouvoirs publics réduisent leurs financements.
Les legs en forte hausse
En revanche, les legs progressent fortement, représentant 40 % des ressources de la Fondation de France et des Apprentis d'Auteuil. Cette hausse s'explique par l'arrivée à un âge avancé des baby-boomers, la multiplication des testaments dans les familles fragmentées, et une meilleure communication auprès des personnes sans héritiers directs.
Malgré tout, la générosité reste un pilier essentiel pour les associations, qui continuent d'accompagner les plus vulnérables, des enfants en difficulté aux malades d'Alzheimer.



