Un rapport remis ce mardi au gouvernement par le député Olivier Véran propose une série de mesures pour définir la stratégie nationale de réduction de la pauvreté. Le document préconise notamment de doubler le budget du revenu de solidarité active (RSA), de créer un revenu garanti pour les jeunes de 18 à 25 ans et de fusionner plusieurs prestations sociales en une allocation unique. L'objectif affiché est de réduire la pauvreté de 30% d'ici 2030.
Un diagnostic alarmant
Selon le rapport, près de 9 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté en France, soit 14% de la population. Le taux de pauvreté des jeunes de 18 à 24 ans atteint 22%, un chiffre jugé "inacceptable" par Olivier Véran. Le document souligne également que les dispositifs actuels sont trop complexes et mal ciblés, avec un taux de non-recours aux aides de 30% en moyenne.
Les principales propositions
Parmi les mesures phares, le rapport propose de doubler le budget du RSA, qui passerait de 11 à 22 milliards d'euros par an. Cette hausse serait financée par une réforme de la fiscalité et des économies sur d'autres prestations. Le revenu garanti pour les jeunes serait expérimenté dans cinq départements à partir de 2027, avec un montant de 600 euros par mois pour les 18-25 ans sans ressources.
Le rapport préconise également la création d'une allocation unique, fusionnant le RSA, la prime d'activité et les aides au logement. Cette mesure viserait à simplifier les démarches et à réduire le non-recours. Selon les estimations, elle permettrait d'augmenter le revenu disponible des bénéficiaires de 15% en moyenne.
Un volet insertion renforcé
La stratégie nationale de réduction de la pauvreté met l'accent sur l'insertion professionnelle. Le rapport propose de conditionner le versement du RSA à 15 heures d'activité par semaine, une mesure déjà évoquée par le gouvernement. Toutefois, Olivier Véran insiste sur la nécessité d'accompagner cette obligation par des offres d'emploi ou de formation adaptées. "L'objectif n'est pas de sanctionner, mais de donner à chacun les moyens de s'en sortir", a-t-il déclaré.
Le rapport prévoit également un investissement de 2 milliards d'euros dans la formation professionnelle des allocataires du RSA, avec un objectif de 500 000 formations supplémentaires d'ici 2030. Les départements, qui gèrent le RSA, seraient associés à la mise en œuvre de ces mesures.
Des réactions contrastées
Les associations de lutte contre la pauvreté ont accueilli le rapport avec prudence. Le Secours catholique a salué "l'ambition affichée" mais déplore "un manque de moyens concrets". De son côté, le collectif Alerte, qui regroupe 35 associations, estime que "le doublement du RSA est une bonne chose, mais il faut aller plus loin sur les minimas sociaux".
À droite, la proposition de conditionner le RSA à des heures d'activité a été bien accueillie. Le député LR Aurélien Pradié a jugé "nécessaire de responsabiliser les bénéficiaires". En revanche, à gauche, la députée LFI Clémentine Autain a dénoncé "une logique de stigmatisation des pauvres".
Un calendrier serré
Le gouvernement entend présenter un projet de loi sur la stratégie nationale de réduction de la pauvreté à l'automne 2026. Le texte devrait reprendre une partie des propositions du rapport, mais des arbitrages sont encore attendus sur le financement. Selon Matignon, "l'objectif est d'aboutir à un consensus large" avant la présidentielle de 2027.



