Toulon : après le drame de Pontcarral, l'association Bébés et Familles lance un appel
Après le drame de Pontcarral, l'association Bébés et Familles alerte

Dans les locaux de l’association Bébés et Familles, situés au 437 avenue Édouard-Herriot, l’émotion reste vive. Deux jours après la mort d’une mère de famille et de trois de ses enfants, tombés du 13e étage à la résidence Pontcarral, la douleur est encore omniprésente. Et avec elle, un profond sentiment d’impuissance.

« C’est un drame absolu, un acte de désespoir qui en dit long sur la solitude dans laquelle cette mère de famille se trouvait », confie, bouleversée, Anne-Marie Kazourian, responsable de l’association. La victime était d’ailleurs connue de la structure. Comme tant d’autres femmes accompagnées par l’association, elle venait y chercher un soutien essentiel au quotidien. « Nous lui fournissions des denrées alimentaires, des produits d’hygiène, comme nous le faisons pour des centaines de mamans », expliquent les sept bénévoles.

« Pas à l’abri d’une nouvelle tragédie de ce genre »

Depuis 2019, l’association, installée à deux pas de Pontcarral, vient en aide aux familles en difficulté ayant des enfants de moins de trois ans. Produits de première nécessité, couches, lait infantile, matériel de puériculture : tout est distribué gratuitement à des familles souvent fragilisées par la précarité, les violences ou l’isolement. Malgré une subvention du Département, l’essentiel de son action repose sur les dons et l’engagement sans relâche de ses bénévoles. Chaque année, près de 1 000 bébés et environ 700 femmes franchissent les portes de cette petite structure.

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Mais aujourd’hui, ce drame agit comme un électrochoc. « Des femmes dans la même situation que cette victime, nous en accueillons des dizaines. Et malheureusement, nous savons que nous ne sommes pas à l’abri qu’une nouvelle tragédie de ce genre survienne. Il faut agir et vite », alerte Anne-Marie Kazourian.

Un cri du cœur adressé à la mairie

Face à cette urgence, la responsable lance un appel direct à la municipalité. Dans une lettre ouverte adressée sur Facebook à Josée Massi, elle réclame davantage de moyens et surtout des locaux plus adaptés. « Nos 40 mètres carrés ne sont ni dignes ni suffisants pour répondre aux souffrances auxquelles nous sommes confrontés. Nous ne sommes pas seulement une épicerie qui distribue du lait et des couches mais un lieu où nous rencontrons des mamans en souffrance qui se débattent jour après jour, comme elles le peuvent, contre la pauvreté, l’exclusion et la solitude », écrit-elle.

Au fil des semaines, certaines femmes finissent par se confier. Elles parlent de leurs angoisses, des violences subies, de leur épuisement. Mais faute de place et de moyens, l’association a beaucoup de mal à offrir l’écoute et l’accompagnement qu’elle souhaiterait mettre en place. Pourtant, des solutions existent. « Nous avons la possibilité de nous adjoindre des psychiatres et des puéricultrices bénévoles qui ne demandent qu’à nous aider. Pour cela, nous devons avoir des locaux décents et assez grands », insiste la responsable.

Sur place, le constat saute aux yeux. Les espaces sont exigus, les stocks débordent dans un garage à l’arrière et les échanges avec ces femmes brisées se font dans des conditions plutôt précaires. « Cette tragédie rappelle la détresse physique et psychologique que certaines vivent en silence, poursuit Anne-Marie Kazourian. Nous aimerions être plus présentes pour elles, mais comment le faire dans un bureau d’à peine un mètre carré, ouvert sur l’entrée du local et qui ne permet aucune confidentialité ou intimité ? Nous avons essayé d’aménager l’intérieur pour que les familles, et notamment les bébés se sentent bien, mais ce n’est pas suffisant... »

Autre inquiétude : les locaux sont actuellement mis gratuitement à disposition par la mairie… « mais seulement jusqu’en janvier prochain. Ensuite, nous devrons payer un loyer, indique l’association. Cela réduira considérablement notre capacité d’action, puisque nous utilisons déjà les dons pour acheter nous-mêmes les produits que nous redistribuons », regrette-t-elle.

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À travers ce cri d’alarme, l’association en appelle désormais « à la solidarité et à l’humanisme » de la maire de Toulon, avec qui des échanges avaient déjà eu lieu par le passé. Contactée, la mairie indique simplement qu’elle « prend contact avec l’association Bébés et Familles afin d’échanger avec elle ».