Fin de la trêve hivernale : les expulsions locatives reprennent en force
La trêve hivernale s'est officiellement achevée ce mardi, marquant le retour des procédures d'expulsion locative, principalement pour cause d'impayés de loyers. Les chiffres de l'année 2025 révèlent une hausse alarmante de 25% des expulsions par rapport à 2024. Marie Rothhahn, responsable de la lutte contre la privation des droits sociaux à la fondation pour le logement des défavorisés, exprime de vives inquiétudes quant à la persistance de cette tendance négative pour l'année en cours.
Qui sont les personnes menacées d'expulsion ?
L'année dernière, pas moins de 30 500 ménages ont été expulsés, avec une moyenne de deux personnes par foyer, soit approximativement 62 000 individus directement touchés. Il est crucial de noter que deux à trois fois plus de locataires quittent volontairement leur domicile avant l'intervention des forces de l'ordre, souvent sans solution de relogement adéquate.
Les situations déclenchantes sont généralement liées à une séparation conjugale, une perte d'emploi soudaine ou des problèmes de santé graves. Ces événements conduisent fréquemment à un surendettement progressif, aggravé par la hausse constante des loyers et des charges. Beaucoup ont initialement recours à des crédits à la consommation, mais cette stratégie finit par atteindre ses limites.
Pourquoi une telle explosion des expulsions en 2025 ?
Depuis plusieurs années, on observe une augmentation continue des expulsions, directement corrélée à la précarisation croissante des ménages. Les causes initiales incluent les pertes d'emploi post-pandémie, l'inflation galopante et la hausse des charges énergétiques liée au conflit en Ukraine. Cependant, la situation est devenue véritablement désastreuse depuis l'adoption de la loi Kasbarian en 2023.
Cette législation facilite considérablement les procédures d'expulsion locative. Par exemple, il est désormais beaucoup plus difficile d'obtenir un échéancier de paiement devant un juge pour régler sa dette et conserver son logement. Dès deux mois de loyers impayés, un « commandement de payer » est émis, laissant un délai de deux mois pour s'acquitter de la somme, sous peine d'assignation au tribunal. À cette loi s'ajoutent des instructions de fermeté adressées aux préfets. Malheureusement, les perspectives pour 2026 sont encore plus pessimistes, le nouveau ministre semblant vouloir durcir davantage la réglementation.
Les délais de traitement : un problème structurel
Certains propriétaires se plaignent régulièrement des délais de traitement, qui peuvent s'étendre jusqu'à une année. Cependant, il est essentiel de rappeler que cet engorgement des tribunaux n'est pas imputable aux locataires. Les demandes de moyens supplémentaires pour l'accompagnement social et juridique des locataires servent également l'intérêt des propriétaires, en permettant de trouver des solutions rapides et durables.
Parmi les dispositifs défendus, on trouve les aides à la quittance. Le locataire paie ce qu'il peut, tandis que le bailleur social et d'autres financeurs compensent le reste. Lorsqu'un locataire alerte rapidement son bailleur social sur une perte d'emploi, ce mécanisme peut être mis en place sans délai. Une intervention précoce permet d'éviter des coûts substantiels pour le bailleur et la collectivité, les procédures d'expulsion et l'hébergement d'urgence représentant une charge financière importante pour la société.
Le relogement : une réalité complexe et précaire
Il existe très peu d'indicateurs fiables sur les différentes étapes de la procédure d'expulsion, le ministère de la Justice n'étant plus en mesure de fournir ces données. Selon les associations partenaires, certains expulsés parviennent à retrouver un logement dans le parc social, à condition qu'ils n'aient pas trop de dettes, qu'ils aient une demande ancienne ou qu'ils bénéficient d'un statut prioritaire.
Dans le parc privé, moins accessible, les personnes sont parfois contraintes d'accepter des logements indécents ou insalubres. La majorité se tourne vers des solutions de fortune. En France, environ 600 000 personnes vivent chez des tiers, une situation précaire, inconfortable et temporaire. D'autres finissent en centre d'hébergement, à l'hôtel, au camping ou, dans le pire des cas, à la rue.



