Un campement de protestation pour le droit au logement s'installe au cœur de Paris
« On est là, on bouge pas. » Ce slogan résonne sur le parvis de l'Hôtel de Ville de Paris où une centaine de familles parisiennes, mal logées ou sans domicile fixe, ont érigé un campement depuis mardi. Avec le soutien actif de l'association Droit au logement (DAL), ces ménages se relaient pour tenter d'obtenir enfin un logement décent, comme l'a constaté l'Agence France-Presse ce mercredi.
Des conditions de vie indignes dénoncées à haute voix
« Y'en a marre des souris dans les placards, y'en a marre des cafards dans les plumards, des logements vides, des loyers hyper chers », ont scandé avec force les militants du DAL devant les portes de la mairie parisienne. Ces revendications mettent en lumière la détresse quotidienne de centaines de foyers parisiens confrontés à des conditions d'habitation inacceptables dans une des villes les plus chères d'Europe.
Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole du DAL, a précisé lors d'un point presse : « Il s'agit de personnes qui ont fait une demande de logement social, qui ont souvent un emploi et sont reconnues prioritaires Dalo (droit au logement opposable) mais n'ont pas été relogées malgré leurs droits. » Cette situation illustre un dysfonctionnement profond du système de relogement dans la capitale française.
Une mobilisation qui s'annonce durable
Près de vingt tentes ont été installées depuis le début de cette action, mais « d'autres vont suivre », promet Jean-Baptiste Eyraud, qui entend mener une mobilisation « au long cours ». Parmi les personnes présentes, certaines appartiennent au quart le moins riche des demandeurs de logement social, ce qui devrait normalement leur conférer un statut prioritaire selon les critères établis.
Le campement accueille des profils variés mais tous unis par la même précarité résidentielle. Salah, un Algérien de 74 ans ayant obtenu le statut Dalo en 2022, a dormi dans l'une des tentes avec sa fille de 18 ans. À ses côtés, Malika, chauffeuse VTC, vit dans seulement 32 m² dans le 19ᵉ arrondissement avec ses trois enfants et déclare avoir déposé une demande de logement social « depuis 15 ans » sans résultat tangible.
Des situations individuelles qui révèlent un système à bout de souffle
Louisa, 76 ans, allocataire du minimum vieillesse, paie 445 euros par mois pour une chambre de 23 m² dans une pension de famille depuis 2015. « Je suis reconnue par le tribunal administratif comme devant être relogée d'urgence. Mais jusqu'à présent, il n'y a rien. Même pas une proposition de logement », témoigne-t-elle avec amertume. « J'ai écrit à la maire de Paris. Rien du tout. J'ai écrit au préfet. Pas de réponse. Maintenant, l'affaire est devant le tribunal administratif pour obtenir une indemnisation. »
Cette action intervient dans un contexte où le Collectif des associations pour le Logement (CAL) avait déjà pointé du doigt, en février dernier, le non-respect par l'État de ses obligations de résultat en matière de droit au logement. Un an après le dépôt de deux recours contre l'État – dont un spécifiquement sur le droit au logement opposable pour non-assistance à personnes mal logées – la situation semble s'être encore dégradée pour les plus vulnérables.
Ce campement symbolique devant l'institution municipale parisienne représente donc une ultime tentative pour ces familles d'obtenir gain de cause après des années d'attente et de démarches administratives infructueuses. Il met en lumière l'écart croissant entre les droits théoriques des citoyens et leur application concrète dans le domaine crucial du logement, particulièrement dans les grandes métropoles où la pression immobilière est extrême.



