Violences sexuelles à l'école Paul-Dubois : parents dénoncent les défaillances institutionnelles
Violences sexuelles à Paris : parents accusent institutions de défaillance

Violences sexuelles à l'école Paul-Dubois : les parents dénoncent des défaillances institutionnelles graves

« Nos enfants n'ont-ils pas droit à la justice ? » Cette question poignante ouvre une tribune publiée dans Libération par un collectif de parents d'élèves de l'école maternelle Paul-Dubois à Paris. Le texte accuse sans détour les institutions – justice, police et Ville de Paris – d'avoir doublement failli : d'abord dans la protection des enfants, ensuite dans le traitement judiciaire de leurs signalements. Mais que s'est-il réellement passé au sein de cette école parisienne ?

Des premiers signaux alarmants minimisés

L'un des premiers enfants à avoir témoigné est Jules*, qui était en petite section en 2019. Le 23 janvier, sa mère Elise* s'inquiète des demandes inhabituelles de son fils : « des bisous partout sur le corps ». Le petit garçon raconte également qu'un animateur lui pince les fesses. L'école est immédiatement alertée, mais selon le témoignage de la mère, l'établissement minimise les faits. Plus tard, l'enfant affirme que l'homme lui a « touché le zizi ». Direction la brigade des mineurs, et première plainte déposée le 9 février.

L'animateur est finalement suspendu le 13 février, mais les parents ne sont informés par courriel que plus d'une semaine plus tard, selon Marie Grimaud, l'une des avocates dans cette affaire. Au total, quinze enfants seront intégrés à la procédure judiciaire, et dix-neuf seront entendus, mais de nombreuses sources indiquent à 20 Minutes que beaucoup d'autres auraient parlé.

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Des signes de souffrance multiples et inquiétants

Les témoignages recueillis par 20 Minutes révèlent une multitude de signaux d'alerte chez les enfants : attitudes sexualisées, signes de souffrance psychologique, rougeurs sur les parties intimes, lésions physiques et déclarations troublantes. Diane* raconte le cas de son fils, en moyenne section au moment où l'affaire éclate : bien que propre depuis longtemps, il avait recommencé à déféquer dans sa culotte « trois fois par semaine » quelques mois avant les révélations.

« Il pleurait aussi tous les matins avant d'aller à l'école, et un matin, nous avons vu qu'il était rouge au niveau de l'anus. Il nous a confié qu'on lui avait demandé de garder un secret, mais refusait de nous dire lequel. C'est en l'emmenant chez une pédopsychiatre, où il a déshabillé des poupées et enfoncé le doigt devant et derrière, que nous avons compris », témoigne la mère. Cette encoprésie – trouble où l'enfant se retient volontairement d'aller à la selle – est souvent associée à des facteurs psychologiques, notamment des violences sexuelles.

Une enquête initiale rapidement classée sans suite

Malgré ces éléments accablants révélés initialement par Mediapart puis Libération, l'affaire semble peu prise au sérieux par la police dans un premier temps. Aucun enfant n'est orienté vers une unité médico-judiciaire (UMJ) capable de réaliser des examens médicaux et psychologiques approfondis. L'enquête est classée sans suite en juin 2019, après seulement trois mois d'investigation et l'audition de six enfants seulement.

Ce classement intervient deux heures seulement après la fin de la garde à vue de l'animateur, qui conteste fermement les faits : « Je suis innocent, c'est de l'acharnement », a-t-il déclaré à Libération. Diane se désole : « Les signaux d'alerte émis par les enfants semblent ne pas compter aux yeux de la justice ».

Redémarrage de l'enquête et nouveaux dysfonctionnements

L'enquête redémarre pourtant quelques semaines plus tard, après des alertes de médecins ayant constaté sur une petite fille la perte de son hymen et sur un petit garçon des lésions physiques. C'est à ce moment que l'avocate Marie Grimaud signale avoir enregistré une policière de la brigade de protection des mineurs (BPM) de Paris refusant de prendre de nouvelles plaintes : « Pour l'instant non, cela ne m'intéresse pas ».

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Une instruction judiciaire est ouverte en septembre 2019, mais les parents craignent un non-lieu et dénoncent de graves dysfonctionnements. Plusieurs familles rapportent avoir dû insister pour porter plainte, et les enfants n'auraient pas été entendus dans des salles Mélanie dédiées aux mineurs, ni selon le protocole Nichd – une méthode reconnue pour augmenter la part de questions ouvertes et la quantité d'informations données par les enfants.

Des pratiques d'enquête critiquées

La brigade des mineurs de Paris, jugeant la méthode Nichd « fiable mais assez lourde », ne l'appliquerait pas constamment. Diane dénonce : « Si on veut saccager une enquête préliminaire, on ne s'y prendrait pas mieux ». Elle rapporte également qu'avant de perquisitionner le domicile du mis en cause, la brigade aurait prévenu celui-ci par courrier – perquisition intervenue seulement en mai 2019, plus de trois mois après sa suspension.

Parents et avocats relatent qu'aucune analyse approfondie du matériel informatique du suspect n'aurait été réalisée. Contacté, le chef de la brigade des mineurs a indiqué ne pouvoir s'exprimer sur l'affaire.

Un appel au sursaut collectif

Le collectif Sos périscolaire pointe également que certains enfants ont été entendus deux ans après les premières révélations. Anne, membre du collectif, s'inquiète : « C'est trop facile ensuite de dire que la parole des enfants a été influencée, quand on les interroge des années après ! ». Elle demande que dans ce type d'enquêtes, les enfants soient entendus en priorité.

Céline Astolfe, avocate de la Fondation pour l'Enfance partie civile dans cette affaire, complète : « Malgré les révélations réitérées des enfants, les conclusions des expertises psychologiques, il n'y a pas de mise en examen. C'est illisible et incompréhensible par les familles ».

Très en colère après les déclarations de la cheffe du parquet des mineurs de Paris en novembre – qui mettait en cause l'« inquiétude contagieuse » de certains parents –, les plaignants ont décidé de faire entendre leur voix. Leur tribune appelle à un sursaut collectif : « Tant que les institutions ne croiront pas les enfants, tant que les villes ne mettront pas en place les dispositifs nécessaires, tant que la justice n'aura pas une lecture plus juste – en adéquation avec les connaissances scientifiques sur les traumatismes provoqués par les violences sexuelles – et se contentera du déni des accusés pour émettre des non-lieux, les pédocriminels pourront continuer à les agresser en toute impunité. Même au sein des écoles ».

* Les prénoms ont été modifiés.