Un calvaire qui resurgit
Karine Jambu avait 5 ans lorsqu'elle a subi son premier viol. Pendant des années, elle a été abusée par un pédocriminel récidiviste, sous les yeux de ses parents et des services sociaux. Son bourreau, Roland Blaudy, a finalement été incarcéré dans le cadre d'une autre affaire. En 2018, alors que Karine avait 20 ans, il a été condamné à trente ans de réclusion criminelle, la peine maximale. Dans le box des accusés, il avait reconnu les multiples viols, affirmant ne pas « penser que c'était mal ».
Aujourd'hui âgée de 29 ans, Karine s'était reconstruite. Mais en novembre, elle a appris que son violeur demandait à sortir de prison. « Je suis effondrée », confiait-elle alors. Le mercredi soir, la nouvelle est tombée : Roland Blaudy sortira de la prison de Caen le 12 mai.
Un choc supplémentaire
La nouvelle s'accompagne d'un second choc : dans le courrier du juge d'application des peines, Karine découvre que son agresseur va s'installer à Rennes, là où elle réside. « Ça me dégoûte. Je ne comprends pas comment c'est possible. Comment peut-on laisser une personne comme ça sortir de prison ? Et s'installer dans la même ville que moi en plus ! », témoigne-t-elle auprès de 20 Minutes.
La magistrate précise que le pédocriminel récidiviste « a purgé sa peine d'emprisonnement criminelle » et que « la dangerosité de l'intéressé a été réduite par le travail effectué en détention ». Elle ajoute que son suivi sera « particulièrement renforcé ».
La confusion des peines
Pour comprendre comment un homme condamné à trente ans de réclusion en 2018 peut sortir après huit ans, il faut se référer au code de procédure pénale. Roland Blaudy a bénéficié du principe de « confusion des peines ». Il avait déjà été condamné en 2007 à dix-huit ans de réclusion pour des viols sur sa fille. Lors de sa seconde condamnation en 2018, l'article 132-3 du Code pénal a permis d'exécuter les deux peines simultanément. En clair, la peine la plus longue a « absorbé » la première, sans addition. « La période de sûreté étant achevée, M. Blaudy est juridiquement en droit de déposer une demande d'aménagement de peine », expliquait le procureur de la République de Caen en novembre. Sollicité, le parquet n'a pas encore répondu.
La colère de la famille
La tante de Karine, Laurence Brunet-Jambu, ne décolère pas. « C'est elle qu'on condamne à nouveau. C'est comme si on remettait la victime en prison. Cet homme est un violeur multirécidiviste qui a déjà fait plusieurs victimes. Quand il a violé Karine, il était censé être en soins ! Il n'a jamais écrit, jamais demandé pardon. C'est dégueulasse », s'indigne-t-elle. Roland Blaudy a été condamné au moins trois fois pour des viols ou agressions sexuelles sur une quinzaine de mineures, sa première condamnation remontant à 1997. « C'est un prédateur, un homme qui a violé sa fille. Qui peut affirmer qu'il ne recommencera pas ? On fait des prisons ultra-sécurisées pour les dealers mais on laisse les violeurs dehors ? », ajoute-t-elle.
Un sentiment d'impuissance
Dans son courrier, la juge rappelle que Roland Blaudy a interdiction d'entrer en relation avec sa victime pendant quinze ans. Mais comment en être sûr, alors que le violeur de 74 ans vivra à Rennes ? « Il a bousillé une partie de ma vie et on le libère. Je fais quoi moi ? J'arrête de sortir ? Comment je vais réagir si je dois le croiser ? J'aurais aimé qu'il meure en prison, qu'il disparaisse pour toujours », confie Karine. La juge justifie cette domiciliation par le fait que « l'intéressé n'a pas d'autre adresse », raison pour laquelle « cette situation inconfortable n'a pu être évitée ». Un vocabulaire juridique froid qui apparaît comme un nouveau coup porté à la victime.
Anéantie, Karine Jambu se retrouve sans recours. « Je me sens trahie par la justice. Ça sert à quoi de prononcer trente ans de prison si c'est pour le laisser sortir ? C'est pour calmer la victime et la soulager ? », lance-t-elle, amère.
Le parcours de Karine avait fait l'objet d'un livre intitulé Signalements, puis d'un téléfilm réalisé par Eric Métayer. Ces œuvres avaient dénoncé les défaillances de la protection de l'enfance, de la justice et des services sociaux, qui ont tous failli à leur mission de protéger Karine. Dès sa naissance, les sages-femmes avaient donné l'alerte, s'inquiétant du comportement de sa mère, déjà condamnée pour avoir poignardé à mort son bébé avant la naissance de Karine. Pourtant, on lui en avait laissé la garde.



