« Ils n'achèteront pas mon silence » : la veuve d'une enseignante harcelée refuse l'indemnisation du ministère
Invitée sur l'antenne de France Info ce matin, Christine Grandjean-Paccoud, l'épouse de l'enseignante Caroline Grandjean qui s'est suicidée en septembre 2025 après avoir été victime de harcèlement homophobe, a répondu avec indignation à l'indemnisation évoquée hier par le ministre de l'Éducation nationale, Edouard Geffray.
« Quel est le prix d'une vie ? »
« Quel est le prix d'une vie ? » s'est-elle indignée lors de son intervention médiatique. « J'aurais préféré entendre que les personnes responsables et incriminées soient sanctionnées. Et que ces sanctions soient suffisamment sévères pour qu'elles soient un exemple. Car les personnes, on les connaît. »
La veille, le ministre avait annoncé vouloir faire « une proposition de réparation » financière à la veuve de Caroline Grandjean, lors des questions au gouvernement. « Il faut condamner les conséquences, d'abord en termes de responsabilité du ministère, et c'est pour ça que je ferai évidemment une proposition de réparation à Mme Grandjean-Paccoud », avait-il alors indiqué.
Une défaillance institutionnelle reconnue
Publiées le 6 février, les conclusions de l'enquête administrative qui avait été diligentée après le suicide de cette directrice d'école ont révélé « une défaillance institutionnelle », dans le soutien qui lui a été apporté par le ministère, a reconnu Edouard Geffray.
« Je ne vais pas prendre de l'argent, tandis que ces personnes continuent d'exercer comme s'il ne s'était rien passé. Non, ça ne me fera pas taire. On continuera les actions nécessaires pour qu'il y ait de vraies sanctions et pas que des avertissements. Car c'est très grave ce qu'il s'est passé », a réagi Christine Grandjean-Paccoud sur France Info.
Elle a, par ailleurs, rappelé l'envoi de deux courriers d'alerte aux supérieurs de son épouse au moment des faits, tous restés sans réponse.
Un harcèlement homophobe prolongé
Caroline Grandjean, 42 ans, était la cible depuis 2023 de harcèlement en raison de son homosexualité. Des tags « sale gouine » et « gouine = pédophile » avaient notamment été découverts sur les murs de son école de Moussages, un village du Cantal, en Auvergne. Une enquête avait alors été ouverte mais classée sans suite en mars 2025 « en l'absence de faits nouveaux », avait alors indiqué le parquet.
En arrêt maladie, l'enseignante s'était vue proposer un poste à quelques kilomètres de Moussages pour la rentrée scolaire mais avait été incapable de reprendre son travail.
Vers une action au pénal
« Pour moi, cet argent est sale. Une vie, ce n'est pas de l'argent. Avec mon avocat, nous allons refaire l'enquête sur le corbeau, car c'est à cause de ce corbeau que tout a commencé. Et ensuite, nous continuerons » au pénal, a annoncé Christine Grandjean-Paccoud qui a, depuis, porté plainte contre l'Éducation nationale pour « harcèlement ».
Cette affaire tragique met en lumière les défaillances du système éducatif face au harcèlement homophobe et la détermination de la famille à obtenir justice plutôt qu'une compensation financière.



