Affaire Tocqueville : sept plaintes pour violences sexuelles sur mineurs
Tocqueville : sept plaintes pour violences sexuelles

« Maman, me laisse pas aller à l’école ! » Depuis sa rentrée en maternelle, Timothée, 2 ans et demi, prend le chemin de l’école à reculons. Pourtant, il est entouré, a une gentille maîtresse et des copains dans cet établissement prestigieux qu’est Tocqueville (Paris 17e), une école privée catholique très convoitée du groupe Fénelon Sainte-Marie. Mais chaque matin, le petit garçon freine devant l’entrée, où la directrice et les professeurs forment une haie d’honneur pour accueillir leurs élèves.

Des révélations glaçantes

Timothée se sent « triste » et « nul » à l’école. Il pleure tant que sa mère s’inquiète. On la rassure : c’est la séparation. Mais un soir d’avril 2025, son fils lui confie l’inimaginable : son professeur de sport lui aurait « touché le zizi » et mis un « doigt dans les fesses ». La mère enregistre la conversation, où il est question d’un « méchant loup » et d’un gymnase en sous-sol.

Les parents déposent plainte pour viol contre le professeur C. Convoqués à la Brigade de protection des mineurs (BPM), ils espèrent que justice sera faite. Mais leur fils reste mutique devant la police. « Les questions sont trop ouvertes pour un enfant de 3 ans », déplore leur avocat, Me Thomas Amico.

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Un premier signalement ignoré

En septembre 2023, les parents d’Agathe, 2 ans et demi, avaient déjà signalé des faits similaires à la directrice. Celle-ci avait prévenu le professeur et proposé une présence renforcée d’ATSEM, mais n’avait pas saisi la justice. « Il y a clairement eu un manquement au devoir de signalement », dénonce Me Léa Dordilly, avocate de la famille.

La directrice, Mme K., assure avoir agi « avec sérieux » et prévenu sa hiérarchie. Son avocat, Me Francis Triboulet, précise qu’« une mesure de surveillance étroite a été mise en place ». Mais pour les parents, c’est une trahison.

Une enquête bâclée ?

En mai 2025, le professeur est mis à pied puis licencié pour faute grave. Mais la première plainte est classée sans suite fin 2025. « L’enquête a été bâclée : pas de perquisition, pas de saisie informatique », dénonce Me Amico. Les parents se constituent partie civile.

Ils découvrent alors qu’un autre signalement avait eu lieu en 2023, étouffé par la direction. « On s’est sentis trahis », confient-ils. Aujourd’hui, sept plaintes pour viol et agression sexuelle visent le professeur, qui nie en bloc.

Des jeux sordides dans le gymnase

Les enfants décrivent des « jeux de cache-cache » où il fallait baisser son pantalon. Le professeur, ceinture noire de karaté, était apprécié de nombreux parents. Mais des signaux faibles avaient été remontés : des enfants pleurant avant le sport, prétextant des douleurs.

L’enquête interne de l’école estime que le professeur pouvait être seul avec les enfants pendant 5 à 10 minutes, voire 30 minutes selon une institutrice.

Une culture du silence

Pour Constance Bertrand, du collectif des victimes de Saint-Dominique de Neuilly, cette affaire est « typique » de l’enseignement catholique privé : « La culture du déni et la logique du ‘Pas de vagues’ dominent. »

Un audit a reconnu des manquements de la direction. L’Enseignement catholique de Paris a exprimé ses regrets, mais le directeur diocésain refuse de parler de faute. « Si la protection des enfants est l’absolue priorité, elle ne peut pas se traduire par une transmission permanente à la justice », estime-t-il.

Les parents, eux, réclament des comptes. « Comment se fait-il que rien n’ait été fait malgré les formations et les procédures ? », s’interroge un parent.

Le parquet de Paris a rouvert l’enquête sur la première plainte. Un juge d’instruction doit être désigné. L’affaire pourrait s’étendre à d’autres établissements où le professeur intervenait.

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