La Seine-Saint-Denis, département le plus jeune et le plus pauvre de France, est aussi une terre d'accueil pour les populations immigrées. Ce contexte en fait un terreau fertile pour les discriminations, au point que le conseil départemental a lancé un observatoire en 2021. En 2023, 69 % des habitants du 93 déclaraient avoir été victimes de discriminations au cours des cinq dernières années. Désormais, plus de la moitié des municipalités du département consacrent des délégations spécifiques à ces questions, avec des adjoints ou conseillers municipaux dédiés.
Un sujet plébiscité à gauche
À gauche, la lutte contre les discriminations fait quasiment l'unanimité. Seules Tremblay-en-France et Bobigny n'ont pas d'élu dédié. La municipalité de Bobigny justifie ce choix par une approche collective jugée plus bénéfique. À l'inverse, d'autres communes renforcent cette délégation. À Bagnolet, le nouveau maire écologiste Édouard Denouel a confié ce portefeuille à sa première adjointe Lauren Lolo, contre une simple conseillère municipale auparavant. « Pendant la campagne, on a beaucoup parlé de la question du racisme, explique Lauren Lolo. La lutte contre les discriminations était une priorité. »
Des actions concrètes et symboliques
La thématique couvre l'accès à l'emploi, au logement, à la santé, et les discriminations raciales. Bagnolet prévoit de recruter une équipe dédiée et de former ses agents. Sur le plan symbolique, la ville a commémoré les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata le 8 mai, organisé une cérémonie pour la Journée nationale des mémoires de la traite et de l'esclavage le 10 mai, et apposé un drapeau LGBTQIA+ sur la mairie le 17 mai. À Montreuil, le maire Patrice Bessac (PCF) souligne l'importance de maintenir une lutte constante contre toutes les formes de discriminations, face à un contexte politique qui libère les discours racistes, antisémites, islamophobes et sexistes. Montreuil est la seule commune du département à avoir un élu dédié à la lutte contre l'islamophobie, et avec Rosny-sous-Bois, un élu contre l'antisémitisme.
Des initiatives à droite aussi
À Saint-Denis, le maire Bally Bagayoko (LFI) a annoncé des campagnes de testing contre les discriminations et l'ouverture du premier centre communautaire LGBTQIA+ de banlieue. Si la plupart des villes de droite et du centre n'ont pas d'élu dédié, certaines se distinguent, comme Épinay-sur-Seine, Bondy et Aulnay-sous-Bois. Le maire d'Aulnay, Bruno Beschizza (LR), a lancé un binôme sur le sujet dès 2014 : « Ce n'est pas parce que je suis de droite que je n'ai pas le droit d'utiliser ce mot-là. »



