Un procès en appel décisif pour Nicolas Sarkozy
Nicolas Sarkozy comparaît ce mercredi devant la cour d'appel de Paris, où il est interrogé sur deux écrits de son ancien secrétaire général de l'Élysée, Claude Guéant. Ces documents constituent un véritable acte de divorce dans le procès en appel concernant les accusations de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007.
Malade, Claude Guéant, âgé de 81 ans, ne peut assister aux débats. Il a appris à distance la mise en cause de sa probité par Nicolas Sarkozy. Ce dernier a suggéré devant la cour que son ancien collaborateur, bien que remarquable, avait pu être motivé par une démarche d'enrichissement personnel.
Les attestations de Claude Guéant
Claude Guéant a répliqué par des attestations datées des 11 et 26 avril. Sans incriminer frontalement l'ancien président, il contredit ses déclarations et fait voler en éclats leur front uni. L'ancien préfet insiste : il n'a jamais fait que suivre les instructions de Nicolas Sarkozy.
Condamnation en première instance
Ce procès, qui s'achèvera fin mai avec une décision en novembre, met en jeu l'honneur et la liberté de Nicolas Sarkozy. Il a déjà passé 20 jours en détention après sa condamnation en première instance à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs. Il avait été reconnu coupable d'avoir laissé Claude Guéant et Brice Hortefeux discuter d'un financement politique occulte auprès des autorités libyennes, ce que les trois hommes nient.
En échange, les Libyens auraient réclamé des contreparties diplomatiques et économiques, ainsi que l'examen de la situation judiciaire d'Abdallah Senoussi, beau-frère du dictateur Mouammar Kadhafi et numéro deux du régime. Senoussi était visé par un mandat d'arrêt international après sa condamnation en France à la réclusion à perpétuité pour avoir commandité l'attentat contre le DC-10 d'UTA, qui avait fait 170 morts.
Le dîner de Tripoli et la réunion sur Senoussi
Lors de cette cinquième journée d'interrogatoire, il sera de nouveau question de Senoussi. Nicolas Sarkozy a-t-il demandé à son secrétaire général, en présence et à la demande de Mouammar Kadhafi, d'examiner le sort de celui que la France considère comme un terroriste, à la fin d'un dîner officiel à Tripoli le 25 juillet 2007 ? Condamné en première instance à six ans de prison ferme, Claude Guéant l'affirme, mais Nicolas Sarkozy oppose le démenti le plus formel.
Un autre sujet concerne une réunion en Libye fin 2005, à laquelle auraient participé son ami et ancien avocat Thierry Herzog et son confrère Francis Szpiner, sur l'examen juridique de la situation de Senoussi. Après avoir affirmé n'en avoir rien su, Nicolas Sarkozy juge désormais ce déplacement crédible au vu des éléments du dossier. Mais il assure ne pas en être à l'origine et répète que personne ne l'avait informé de cette réunion. Claude Guéant écrit pourtant que Thierry Herzog a parlé au président du mandat qu'il avait reçu sur ce sujet.
Quatre voyages en Libye
Claude Guéant poursuit : cet épisode et le dîner de Tripoli ont rendu naturelle, et même incontournable l'évocation de sa propre réunion occulte avec Senoussi, un tête-à-tête le 1er octobre 2005 dont il avait précédemment affirmé ne pas se souvenir d'en avoir informé Nicolas Sarkozy. L'accusation est convaincue que l'acte I de ce pacte de corruption s'est joué lors de cette réunion, juste avant un voyage officiel de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur.
Enfin, Claude Guéant affirme que l'ancien président était forcément au courant de ses quatre voyages en Libye entre 2008 et 2010, effectués à sa demande sur des sujets diplomatiques et commerciaux. Nicolas Sarkozy explique n'en avoir guère le souvenir.
« Ce que je sais, c'est que rien n'a été engagé en faveur de M. Senoussi. Rien n'a été promis », a-t-il martelé. Sur ce point, Claude Guéant ne le contredit pas : s'il s'est renseigné sur la situation judiciaire du Libyen, c'était en pleine conscience que rien n'était possible. Et s'il a pu laisser les choses en suspens auprès des autorités libyennes jusqu'en 2009, c'était pour ne pas être trop brutal dans une relation diplomatique renaissante, explique-t-il.



