Procureur général : "échec collectif" dans l'affaire Lyhanna
Procureur général : "échec collectif" dans affaire Lyhanna

Neuf jours après la découverte du corps de Lyhanna, 11 ans, dans le Gers, l'émotion reste vive en France. Le plus haut procureur de France, Rémy Heitz, a qualifié cette affaire d'« échec collectif » dans un entretien publié samedi par le journal Le Monde.

Une crise systémique

Le procureur général près la Cour de cassation estime que l'affaire révèle « une crise systémique qui dépasse la question des moyens de la seule institution judiciaire ». Le principal suspect, Jérôme Barella, avait fait l'objet de plusieurs signalements et plaintes pour des violences sexuelles sur mineures, sans être inquiété.

Des critiques « légitimes » mais parfois « injustifiées »

« Qu'il puisse y avoir des critiques, c'est légitime compte tenu de l'émotion causée par ce drame, qui nous meurtrit tous », a déclaré le haut magistrat. Cependant, il a ajouté que ces critiques « peuvent être perçues comme injustifiées » quand « elles proviennent de responsables qui font mine de découvrir une situation qui est connue de tous ».

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Rémy Heitz a souligné que « la crise autour des moyens de la justice n'est pas nouvelle ». Bien que des moyens supplémentaires aient été accordés avec le recrutement de magistrats et de greffiers supplémentaires, « ce que révèle cet échec, c'est une crise systémique, qui dépasse d'ailleurs la question des moyens de la seule institution judiciaire ».

Des difficultés dans la protection de l'enfance

Le procureur général appelle à « une approche plus globale », notant que « tout le secteur de la protection de l'enfance est en difficulté ». « Nous manquons par exemple de psychologues, d'unités pédiatriques spécialisées pour accueillir la parole de l'enfant », a-t-il souligné.

Évoquant les priorités fixées par le garde des Sceaux Gérald Darmanin, Rémy Heitz souhaite « qu'on aille vers une clarification et qu'on n'hésite pas à dire ce qui est moins prioritaire, ce qu'on fait rarement ». Il a fait remarquer que « mes collègues ont le sentiment que les priorités s'ajoutent sans jamais qu'une seule ne soit retranchée. Les récentes circulaires ont concerné la lutte contre le narcotrafic, mais aussi toutes les violences faites aux personnes, et pas seulement celles contre les mineurs ».

Restaurer la confiance

Alors que la confiance envers l'institution judiciaire est en berne, Rémy Heitz propose « d'ouvrir (les) juridictions », en saluant les réunions publiques déjà annoncées par certains tribunaux. « Venez voir comment nous travaillons », lance-t-il à l'attention des citoyens. Il met toutefois en garde contre les critiques accablant « de tous les maux » la justice, « clé de voûte de notre système démocratique » : « elle est fragile et il faut prendre garde à ne pas l'affaiblir davantage. »

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