Au deuxième jour du procès de Francis Huguel, la cour d'assises de la Gironde a examiné la personnalité de l'accusé, entendu des experts et des témoins. L'homme de 58 ans est dépeint comme narcissique, immature et psychorigide. Il comparaît pour avoir assassiné l'amant de son épouse le 11 mars 2023, dans des circonstances dignes d'un scénario macabre : il a poursuivi sa victime en voiture, l'a abattue de deux balles de 9 mm à bout touchant, puis a incendié le véhicule pour simuler un accident de la route.
Un accusé qui peine à réaliser
Dans le box, Francis Huguel, cheveux grisonnants et visage émacié, a déclaré avoir pris conscience de sa responsabilité mais avoir du mal à vivre la situation. « Le milieu carcéral, ce n'est pas ma vie », a-t-il lâché, provoquant une réaction immédiate de la présidente de la cour, Marie-Noëlle Billaud : « Il n'y a pas pire qu'attenter à la vie d'autrui. Vous avez commis l'acte le plus grave dans notre société. » L'accusé s'est alors repris, affirmant prier chaque jour pour la famille de la victime.
Une blessure narcissique profonde
Marié en secondes noces en 2013 avec Cécile, Francis Huguel était « fou amoureux » d'elle, mais leur relation était chaotique. En 2023, ils étaient séparés. L'épouse fréquentait alors Nicolas Ribes, un collègue de travail, qu'elle recevait chez elle à Lacanau. L'accusé, incapable d'accepter cette trahison, a ruminé pendant des mois, espionnant les allées et venues. L'expert psychologue Éric Bauza a évoqué « une profonde blessure narcissique accompagnée d'une névrose d'échec », ajoutant que Huguel est « immature, psychorigide, égocentré. Il ne peut pas tourner la page et se voit abandonné par l'autre. »
Un risque de féminicide envisagé
L'avocat général Jean-Luc Gadaud a interrogé l'expert psychiatre Paul Bonnan sur un possible risque de féminicide. « C'est une possibilité, a répondu le docteur. Je me suis demandé : est-ce que ce n'est pas Cécile qui aurait dû être la victime ? » Dans le box, Francis Huguel a hoché la tête, affirmant : « Je ne suis pas la personne que l'on décrit, je suis choqué. » Me Arnaud Dupin, partie civile, a rétorqué : « On a l'impression que c'est quelqu'un qui a une certaine intolérance à une remise en question et à enfreindre les règles qu'on lui impose. »
Des antécédents troublants
Fin 2022, exténué physiquement et psychologiquement, Huguel avait cherché du réconfort dans la voyance, pensant être victime d'un envoûtement. Il avait même sollicité un vicaire général pour un exorcisme. « J'étais habité par des mauvais esprits, complètement perdu. J'ai tenté de me poignarder. En définitive, il fallait que tout ça s'arrête », a-t-il déclaré. Me Max Bardet, partie civile, a qualifié l'acte de « au plus haut de la pyramide de la barbarie ».
Le témoignage ambigu de l'épouse
En fin de journée, Cécile Huguel a témoigné. Elle a décrit un mari jaloux et possessif, qui la rabaissait constamment. « Il m'a dit que si j'avais quelqu'un dans ma vie, il me buterait avant de se buter », a-t-elle rapporté. Malgré leur séparation en 2023, elle continuait à le voir et échangeait des SMS avec lui tout en étant la maîtresse de Nicolas Ribes. La présidente a relevé : « Vous jouez sur les deux tableaux, vous tentiez de renouer. » Cécile a nié : « Moi, je ne voulais pas reprendre quelque chose avec lui. » Le couple n'a toujours pas divorcé en 2026, et Francis Huguel continue d'envoyer des lettres d'amour depuis la prison de Gradignan. L'audience reprend ce mercredi, avec un verdict attendu jeudi.



