Un symbole de mémoire contre l'oubli à Saint-Rémy-de-Provence
À l'entrée de Saint-Rémy-de-Provence, dans les Bouches-du-Rhône, un jeune olivier a été planté à une intersection symbolique. Cet arbre, installé par la municipalité le 28 novembre dernier, rend hommage à la mémoire d'Ilan Halimi, un jeune homme de 23 ans victime d'un enlèvement et de tortures antisémites en janvier 2006. Ilan Halimi est décédé des suites de ses blessures le 13 février 2006, après avoir été séquestré pendant 24 jours.
Un hommage pour rappeler les dangers de la haine
Le maire sans étiquette de Saint-Rémy-de-Provence, Hervé Chérubini, explique la portée de ce geste : "Cet hommage est pour nous très symbolique et permet de rappeler, toujours, où mènent la haine, l'antisémitisme et toutes les discriminations. Particulièrement au moment où certains auraient tendance à l'oublier". La commune de 10 000 habitants répond ainsi à un appel lancé par la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), relayé par l'Association des maires de France et le Conseil représentatif des institutions juives de France.
Une mobilisation nationale après un acte de vandalisme
Cette initiative fait suite à un événement tragique survenu à Épinay-sur-Seine. Dans la nuit du 13 au 14 août 2025, un olivier planté en 2011 en mémoire d'Ilan Halimi avait été tronçonné par deux jeunes de 19 ans. Les auteurs ont été condamnés par le tribunal de Bobigny, et cinq nouveaux arbres ont été replantés grâce à une mobilisation citoyenne et des donations.
Mario Stasi, président de la Licra, précise l'objectif de cette campagne : "Le but était d'interpeller les pouvoirs publics, et de faire de cet acte un symbole de commémoration, de résistance et d'engagement". Face à cet acte de vandalisme, de nombreuses communes ont décidé de réagir en plantant leurs propres oliviers.
Des oliviers qui poussent partout en France
Selon un décompte réalisé début février, une quarantaine de villes ont participé à cette initiative à travers le pays. Parmi elles :
- Saint-Étienne-du-Grès, commune voisine de Saint-Rémy-de-Provence
- Saint-Preuil en Charente (306 habitants)
- Cuges-les-Pins dans les Bouches-du-Rhône (6 236 habitants)
- Dun-le-Palestel dans la Creuse (1 096 habitants)
- Des grandes métropoles comme Paris, Strasbourg et Lyon
Albert Massiah, président du Crif Bordeaux-Aquitaine, se réjouit de cette mobilisation : "C'est un encouragement que tant de communes, y compris celles où il n'existe pas de grosse communauté juive, se soient engagées sur la question. C'est un signal politique fort". À Bordeaux, une cérémonie d'inauguration d'un "olivier de la mémoire" a eu lieu en décembre dernier, près de deux autres arbres plantés en hommage à des enseignants assassinés.
Un combat qui continue
Malgré cette vague de plantations, le chemin reste long. Mi-janvier, un autre olivier en mémoire d'Ilan Halimi a été partiellement sectionné à Saint-Genis-Laval, dans la banlieue de Lyon. Hervé Chérubini résume l'esprit de cette mobilisation : "Il était essentiel pour nous de réagir à cet acte aussi infâme qu'idiot. Le but étant de montrer que si l'on tente d'effacer la mémoire, des dizaines de rappels repousseront partout ailleurs".
Ces oliviers, plantés aux quatre coins de la France, deviennent ainsi des symboles vivants de résistance contre l'antisémitisme et toutes les formes de discrimination. Ils rappellent que la mémoire collective doit être préservée pour construire un avenir plus juste et plus fraternel.