Le verrier Arc face à une échéance cruciale pour ses 3.500 salariés
L'avenir du verrier Arc, entreprise bicentenaire en redressement judiciaire, se joue cette semaine. Deux offres de reprise vont être présentées ce mardi 10 février aux 3.500 salariés du site d'Arques dans le Pas-de-Calais. Le tribunal de commerce de Lille devra ensuite trancher le 18 février pour choisir le projet le plus viable pour cette industrie historique.
Le ministre de l'Industrie ne connaît officiellement qu'une seule offre
Lors d'une rencontre lundi avec les organisations syndicales et des élus locaux, le ministre délégué à l'Industrie Sébastien Martin a déclaré n'avoir "connaissance officiellement" que d'une seule offre de reprise. Il s'agit de celle portée par Timothée Durand, petit-fils de l'ancien patron emblématique Jacques Durand.
Le ministre a cependant rappelé que la décision finale reviendrait au tribunal de commerce, soulignant que "les équipes de Bercy travaillent avec les porteurs de projets qui viennent nous voir et qui présentent leurs projets".
Deux visions radicalement différentes pour l'avenir d'Arc
Les deux offres en compétition présentent des approches diamétralement opposées :
- L'offre de Timothée Durand prévoit le maintien de 2.700 emplois mais inclut 300 licenciements et table sur 500 départs volontaires (400 départs anticipés à la retraite et 100 départs spontanés).
- L'offre de Patrick Puy, ancien président de l'entreprise de 2013 à 2015, promet "zéro licenciement" mais sans détailler la provenance des fonds nécessaires à cette reprise.
Sébastien Martin a pris position clairement : "Vendre du rêve et promettre qu'il y aura zéro suppression de postes sur ce site, je ne peux pas le faire et je ne le ferai pas". Le ministre souhaite dessiner un avenir durable pour Arc et éviter un nouveau plan de sauvetage dans un an.
Une entreprise déjà soutenue par de multiples plans de refinancement
Le groupe Arc a bénéficié par le passé de plusieurs plans de refinancement soutenus par l'État et les collectivités locales, le dernier remontant à peine à un an. Cette situation explique la prudence des autorités face aux promesses de reprise.
Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail présent aux discussions, a expliqué vouloir "anticiper" l'aide aux personnes qui pourraient perdre leur emploi, montrant la préparation du gouvernement à différents scénarios.
Les syndicats demandent des mesures d'accompagnement
Les organisations syndicales (CGT, CFDT, CFE-CGC, Unsa et Sud Chimie/USS) ont demandé des "mesures d'âge" en cas de plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) et de suppressions de postes. Elles souhaitent que les salariés expérimentés puissent rester "trois à six mois supplémentaires" pour former les plus jeunes aux postes qui deviendraient vacants.
Cependant, les syndicats ont reçu comme réponse que ces mesures "ne seraient pas prises en charge par l'État", ce qui complique la mise en place d'une transition en douceur pour les salariés concernés.
Une ville entière retient son souffle
La petite ville d'Arques craint de devenir une "zone sinistrée" si le verrier venait à disparaître. Pour de nombreux habitants, cette entreprise fondée en 1825 représentait un emploi stable jusqu'à la retraite. Un salarié résume le sentiment général : "On pensait aller jusqu'à la retraite mais on vit une catastrophe économique".
La décision du tribunal de commerce de Lille le 18 février déterminera non seulement l'avenir de 3.500 familles, mais aussi celui d'une région entière dont l'économie dépend largement de cette industrie historique.