Neuf CRS jugés pour violences dans un Burger King lors des Gilets jaunes
Procès de CRS pour violences dans un Burger King en 2018

Neuf CRS jugés pour violences dans un Burger King lors des Gilets jaunes

Neuf anciens membres de la Compagnie Républicaine de Sécurité 43 comparaissent à partir de ce lundi 9 février 2026 devant le tribunal correctionnel de Paris. Ils sont poursuivis pour violences volontaires aggravées, des faits qui remontent au 1er décembre 2018, lors de l'acte 3 du mouvement des Gilets jaunes.

Une intervention dans un fast-food près de l'Arc de Triomphe

Les événements se sont déroulés dans un Burger King situé avenue de Wagram, dans le 17e arrondissement de Paris, à proximité immédiate de la place de l'Étoile. Ce jour-là, des manifestants non violents avaient trouvé refuge dans l'établissement, pourtant fermé, pour échapper aux gaz lacrymogènes qui saturaient l'air extérieur.

Selon l'ordonnance de renvoi de la juge d'instruction, les policiers ont matraqué et frappé à coups de pied les occupants sans sommation, alors que ceux-ci n'avaient commis aucune violence ou dégradation dans les locaux. Certains manifestants avaient même levé les mains à l'entrée des forces de l'ordre pour montrer leur absence d'hostilité.

Une journée "particulièrement violente"

Le 1er décembre 2018 constituait le troisième samedi de manifestations du mouvement des Gilets jaunes. L'ordonnance de renvoi qualifie cette journée de "particulièrement violente", notant qu'elle a été "l'une des journées voire la journée la plus difficile en termes de maintien de l'ordre et de gestion des manifestants".

L'acte 3 avait rassemblé 5 500 personnes dans la capitale, avec 318 gardes à vue et 263 blessés recensés, dont 23 parmi les forces de l'ordre. La journée avait également été marquée par des dégradations à l'Arc de Triomphe.

Une intervention jugée "pas légitime" par la hiérarchie

Pendant les investigations, les autorités hiérarchiques ont reconnu que l'intervention des CRS dans le Burger King n'était "pas légitime". Les policiers avaient reçu pour ordre d'entrer dans le fast-food pour faire sortir les occupants "le plus rapidement possible avec au besoin usage de la force pour les extraire en cas d'opposition".

Le commandant de l'unité avait demandé à être mis en examen au même titre que ses subordonnés, soulignant qu'il avait validé le mode opératoire utilisé. Cependant, la juge d'instruction a estimé que sa responsabilité pénale ne pouvait être engagée, tout en notant que "les responsables hiérarchiques du commandement pour cette journée auraient pu prendre des décisions plus adaptées au contexte particulièrement violent".

Un procès sur trois jours avec de lourdes peines encourues

Les audiences, prévues sur trois jours (lundi, mardi et jeudi), débutent à 9 heures chaque jour. Les neuf anciens CRS, tous membres à l'époque de la CRS 43 basée à Chalon-sur-Saône, encourent pour certains jusqu'à sept ans de prison et 100 000 euros d'amende.

Pour Moad Nefati, avocat d'une partie civile, "c'est une occasion manquée de remonter la chaîne de commandement". Laurent-Franck Liénard, avocat des neuf CRS, estime quant à lui que "mes clients ont été opposés à des centaines et des centaines de manifestants avec des niveaux de violence inédits", appelant à prendre en compte le contexte de cette journée.

Un dossier emblématique des violences policières

Arié Alimi, avocat de deux autres victimes, qualifie cette affaire de "dossier phare du mouvement des Gilets jaunes, qui marque un retournement de la communication sur les violences policières et illustre la brutalisation du maintien de l'ordre".

Ce procès s'inscrit dans une tendance plus large de judiciarisation des violences policières commises lors du mouvement des Gilets jaunes. En mars 2024, le tribunal correctionnel de Lyon avait condamné à six mois de prison avec sursis un commissaire qui avait ordonné une charge lors de laquelle Geneviève Legay, alors âgée de 73 ans, avait été gravement blessée lors d'une manifestation interdite à Nice en 2019.

Par ailleurs, deux policiers doivent être jugés par la cour criminelle départementale de Paris pour avoir éborgné Manuel Coisne et Jérôme Rodrigues. L'AFP avait recensé vingt-trois éborgnés lors du mouvement des Gilets jaunes à l'hiver 2018-2019.

Près de huit ans après les faits, ce procès symbolise la longue traîne judiciaire des événements survenus lors du mouvement social, tout en posant des questions fondamentales sur les limites de l'usage de la force par les forces de l'ordre dans un contexte de manifestations de grande ampleur.