Pourquoi le Portugal refuse d'extrader Cédric Prizzon, accusé de double féminicide
Portugal refuse extradition Cédric Prizzon double féminicide

Malgré un mandat d'arrêt européen, le Portugal refuse d'extrader en France l'auteur présumé du double féminicide. Cédric Prizzon est accusé d'avoir étranglé son ancienne et sa nouvelle compagne, retrouvées enterrées au Portugal. Le pays est dans son bon droit, souligne un avocat spécialisé.

Une décision fondée sur la souveraineté nationale

Dans l'affaire Cédric Prizzon, soupçonné d'un double féminicide entre l'Aveyron et le Portugal, l'incompréhension des familles qui réclament l'extradition du mis en cause se heurte à la dure réalité de la loi et de la souveraineté nationale. Là où elles voudraient que l'ancien policier, soupçonné d'avoir tué son ancienne et sa nouvelle compagne, enlevées en Aveyron et retrouvées enterrées dans le nord du Portugal fin mars, actuellement en détention provisoire, soit transféré en France pour y être jugé, la justice portugaise est inflexible. Car les crimes ont été commis "entièrement ou en partie sur le territoire national", a justifié la cour d'appel de Coimbra. Et ce, malgré le mandat d'arrêt européen diffusé dès le 25 mars par un magistrat instructeur héraultais, a fait savoir le parquet de Montpellier, compétent.

Les arguments juridiques en présence

Les avocats des parties civiles estiment que la loi hexagonale est compétente, rappelant que Prizzon comme les victimes sont français. "Les Portugais, par rapport au mandat d'arrêt européen et aux règles applicables, ont aussi une compétence qui, à mon sens, est plus forte", analyse pourtant Me Jean-Charles Teissedre, avocat montpelliérain, spécialiste de l'extradition. "Dans l'espace judiciaire européen, le critère qui tient à la nationalité est plus faible par rapport aux autres et, dans le cas présent, un double homicide, ce n'est pas rien. C'est le pays dans lequel les faits ont été commis qui est prioritaire." Une décision-cadre du conseil européen, datée du 13 juin 2002, relative au mandat d'arrêt et aux procédures de remise entre États membres vient le confirmer.

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La position des parties civiles

Pour autant, comme le rapporte La Dépêche du Midi, les deux avocates des parties civiles vont envoyer un courrier au garde des Sceaux, Gérald Darmanin, pour demander au Portugal de remettre Cédric Prizzon aux autorités françaises, ne comprenant pas "pourquoi le Portugal s'acharne." L'une d'elles rappelle que la mort sur le territoire portugais n'est pas établie : "l'acte de décès fourni à ma cliente, pour qu'elle puisse inhumer sa fille, ne mentionne aucune date pour la mort d'Angela. Je sais qu'elle est décédée au mois de mars 2026, mais je n'ai pas de jour ni d'heure." Mais pour Me Teissedre, qui entend l'immense souffrance des familles des victimes, et leur crainte de subir un procès au Portugal, l'enjeu est ailleurs. "Le plus important est de sécuriser la procédure, d'éviter de créer un contentieux et de morceler les poursuites. Il s'agit de coopérer, car les autorités françaises ne sont pas en position d'exiger. Demander à un État de renoncer à juger un double féminicide qui a gravement souillé son territoire ne va pas de soi", rappelle-t-il. "L'espace judiciaire européen repose sur le principe de confiance mutuelle, qui oblige à considérer que tous les systèmes judiciaires des États membres se valent et sont tous dignes de confiance."

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