La cour d'assises spéciale du Var, réunie à Draguignan, examine depuis la semaine dernière les responsabilités dans la mort d'Helvin Saoula, abattu d'un coup de fusil à pompe le 12 mars 2018 dans la cité Guynemer à Toulon. Ce lundi 8 juin 2026, l'avocate générale Amandine Sbragi a requis la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de 22 ans à l'encontre de Sofian Hoarau, identifié comme l'auteur du tir mortel.
Un dossier d'une stupidité déconcertante
Me Frédéric Monneret, avocat de Rida Tarrifou, surnommé « Démon », a dénoncé la légèreté avec laquelle les faits ont été commis. « Ce dossier est d'une stupidité déconcertante, a-t-il déclaré. Pour une gifle reçue dans des circonstances obscures, on est parti, armé, sans la moindre réflexion. Dans l'improvisation et la réactivité. » Cette bêtise a coûté la vie à Helvin Saoula, 22 ans, touché dans le dos alors qu'il discutait avec deux amis au pied d'un immeuble. Ces derniers, bien que blessés, ont réussi à s'enfuir.
Des aveux tardifs et incomplets
Alors que les quatre accusés – Sofian Hoarau, James Fourez, Louis Cornu et Rida Tarrifou – avaient nié toute participation durant l'instruction, trois d'entre eux ont finalement avoué leur présence sur les lieux du crime lors de l'audience. L'avocate générale a qualifié ces aveux « d'incomplets et opportuns ». Selon elle, après la gifle reçue par Tarrifou, une décision collective a été prise de laver l'affront. « Quand James Fourez prend le volant de la Clio volée, à l'initiative de Sofian Hoarau, il sait qu'ils y vont pour tirer », a-t-elle affirmé.
Les experts ont recensé cinq tirs, tous provenant de la même arme, dont deux à l'extérieur et trois dans le hall de l'immeuble, à moins de 20 mètres de la victime. « Le tireur ne pouvait ignorer qu'il visait la victime. L'intention homicide est indéniable », a poursuivi l'avocate générale, soulignant le caractère « collectif » de l'acte, avec l'utilisation d'un véhicule volé, la répartition des rôles et la récupération d'armes chez une nourrice, constituant une circonstance aggravante de bande organisée.
Les réquisitions détaillées
L'avocate générale a requis 12 ans de réclusion criminelle contre Louis Cornu et James Fourez, avec un suivi socio-judiciaire de cinq ans pour ce dernier, 30 ans de réclusion avec une peine de sûreté des deux tiers contre Rida Tarrifou, et la perpétuité avec une période de sûreté de 22 ans contre Sofian Hoarau.
La défense conteste la qualification de bande organisée
Me Patrick Giovannangeli, avocat de Sofian Hoarau, a contesté la notion de bande organisée. « Il n'y avait aucune stratégie de la part de Sofian Hoarau au moment d'avouer son méfait, juste la marque, enfin, de son empathie », a-t-il plaidé. Il a précisé que son client a reconnu avoir tiré, mais avec James Fourez, et que les actes matériels ne servaient pas à préparer le crime : la voiture et les armes étaient déjà disponibles, et les lieux étaient connus. « Il n'y a pas eu de concertation », a-t-il insisté.
Les avocats de James Fourez et Louis Cornu, Mes Pascal-Pierre Garbarini, Manon François et Bertrand Pin, ont également plaidé l'ignorance de leurs clients. « James Fourez a été mis devant le fait accompli, il suit et subit », a déclaré Me François, soulignant sa réaction plus tard dans la soirée, décrit comme pâle et muet par un témoin.
La partie civile dénonce une vengeance collective
Me Hugo Rubini, avocat de la partie civile, a dénoncé une vengeance « collective, solidaire et sans faille ». « Ils ont fait corps auprès de Rida Tarrifou », a-t-il déclaré, qualifiant les faits d'une stupidité crasse. Le procès se poursuit devant la cour d'assises spéciale du Var.



