Parents d'élèves parisiens dénoncent l'aveuglement institutionnel face aux agressions sexuelles
Des parents d'élèves d'une école du 3e arrondissement de Paris, profondément écœurés, ont publié une tribune dans Libération ce jeudi pour dénoncer ce qu'ils qualifient d'"un même aveuglement qui se répète" dans le périscolaire parisien. Ces parents, parties civiles contre un animateur accusé de viols et d'agressions sexuelles, pointent du doigt les dysfonctionnements persistants des institutions.
Un déni institutionnel répété
Les parents de l'école maternelle Paul-Dubois, établissement depuis fermé, écrivent avec amertume : "Le déni de l'institution scolaire, de la Ville de Paris, ainsi que les manquements des enquêtes administrative et policière... nous les avons vécus et dénoncés, déjà, il y a six ans." Ils ajoutent avec force : "Ce sont les mêmes failles, les mêmes dysfonctionnements, le même aveuglement qui se répètent dans les cas qui ont fait surface ces derniers mois."
Des appels restés sans réponse concrète
Les parents de quinze enfants dénoncent des faits commis entre 2018 et 2019, alors que leurs enfants n'avaient que 3 à 5 ans. L'animateur mis en cause a été suspendu par la Ville mais réfute ces accusations. Les familles expliquent avoir saisi en 2019 l'adjoint à l'Éducation Patrick Bloche ainsi que la maire PS Anne Hidalgo. "Nos appels sont alors restés sans suites concrètes. Il aura fallu attendre ce déferlement de cas [...] pour que la Mairie de Paris commence à réagir", dénoncent-ils avec colère, accusant la Ville d'avoir "étouffé les signalements".
Interrogée mercredi sur France Inter, Anne Hidalgo a reconnu une part de responsabilité en tant que maire mais s'est défendue de n'avoir "rien fait" depuis 2015, année de la publication d'un rapport de l'inspection générale de la Ville sur le périscolaire.
Des enfants traumatisés et une justice défaillante
"Nos enfants ont aujourd'hui entre 10 et 12 ans. [...] Ils comprennent qu'il n'est pas normal d'avoir été en contact avec le sexe d'un adulte qui éjacule à l'âge de 5 ans", écrivent les parents avec une douleur palpable. Une mère, souhaitant garder l'anonymat, a confié à l'AFP : "Ce qui nous a fait bondir c'est le silence d'Hidalgo", qualifiant la situation de "scandale". Une autre maman a déploré : "Ce qui nous a vraiment énervés, c'est de voir que ces affaires étaient toujours aussi mal traitées et peu traitées."
Elle a ajouté avec résignation : "Il est quasiment certain que notre affaire va être classée, malgré un nombre d'enfants qui témoignent, des professionnels de santé qui attestent du mal-être des enfants et de leur traumatisme, car on parle de viol par fellation ou de viol par pénétration digitale." Elle a pointé des manquements "au niveau de l'école, de la mairie et de la justice".
La parole des enfants toujours ignorée
Elisabeth Guthmann, du collectif SOS Périscolaire, observe amèrement : "Rien n'a été appris depuis cette affaire." Elle souligne avec insistance : "La parole des enfants n'est toujours pas prise en compte comme elle doit l'être, alors que les professionnels confirment que les enfants ne peuvent pas inventer des récits d'actes sexuels qu'ils n'ont jamais vu ou vécu."
Les parents, dans leur tribune, concluent avec un appel pressant à une prise de conscience et à des actions concrètes pour protéger les enfants dans les structures périscolaires parisiennes, mettant en lumière un système qui semble répéter les mêmes erreurs avec des conséquences dramatiques pour les victimes et leurs familles.



