Opération Blanche-Neige : Andrew Croft, héros secret de la Libération de Montpellier
Opération Blanche-Neige : le héros secret Andrew Croft

Dans le cadre des commémorations du 8 mai 1945, un hommage particulier sera rendu au soldat anglais parachuté dans l’Hérault en 1944, qui a participé à de nombreuses opérations de sabotage pour empêcher les Allemands de se réunir. Il y a des hommes qui sont nés pour être des héros. C’est le cas de cet Anglais, Andrew Croft, qui bien avant de participer à la Libération de Montpellier en 1944 avait déjà l’étoffe d’une personne hors norme. Dans les films d’action, il aurait pu être un personnage iconique. Explorateur, voyageur, il traversera le Groenland, se rendra en Inde, en Arctique, en Laponie avant d’accomplir des missions militaires dont certaines secrètes…

Un agent secret au service de Churchill

Mais aujourd’hui, en ce 8 mai, même si Andrew Croft est un aventurier aux mille facettes, c’est son rôle dans l’opération Blanche-Neige qui nous intéresse. Et même si ce colonel distingué par les honneurs plus d’une fois dans son pays est décédé, il a laissé un témoignage écrit de ses actes dans l’Hérault au cours du mois d’août 1944, qui s’est terminé en liesses avec la Libération de notre ville. Il faisait partie du Special Operations Executive (SOE), un service secret britannique créé par Winston Churchill pour mener des actions clandestines afin de soutenir les mouvements de résistance dans les pays occupés comme la France.

Le parachutage dans l’Hérault

Comme il le raconte, l’opération Blanche-Neige avait pour but de « rendre la vie difficile aux Allemands pressés de rejoindre le gros de leurs forces et d’en être empêchés par nos armées ». Son D-Day, Jour J comme il le décrit, devait être le 15 août 1944. Mais il devra attendre à cause d’une météo peu clémente. Le 16 au soir, vers 23 h, il décolle pour être parachuté dans le sud de la France avec quelques compagnons ainsi que des conteneurs bien remplis. Et c’est le 17, après avoir survolé la zone de Saint-Pons-de-Thomières, que le terrain qui doit les accueillir est localisé. À 2 h du matin, Andrew Croft est le premier à sauter. Alors qu’il touche la terre ferme et qu’il s’apprête à retirer son parachute « en entendant le terrifiant bruit sourd » des conteneurs s’écrasant autour de lui, il sent le canon d’un pistolet sur sa poitrine.

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Un accueil fraternel

Le Français qui le mettait en joue se rend compte que c’est bien le soldat britannique qu’il attendait. L’homme retira alors de son cou un petit médaillon de la Vierge avant de le lui déposer au creux de la main comme un cadeau fraternel pour l’accueillir et le remercier de son implication. Le vin coule alors à flots pour fêter l’arrivée de ceux qui vont les aider. Et pour son premier repas sur le sol héraultais, il se souvient de ce qu’il qualifiera « d’excellent repas de maquisards : un mouton rôti ».

Les missions de sabotage

En quelques jours, les missions se profilent, elles sont préparées, les ajustements effectués, les décisions prises. Avec l’objectif de faire sauter les ponts et tous les accès secondaires pour empêcher les Allemands de passer et de rejoindre leurs troupes. Certaines embuscades sont des échecs, plusieurs résistants sont abattus. Mais ils se doivent de continuer pour que toutes ces morts n’aient pas été vaines. Le succès de certaines : la destruction du pont sur la Dourbie qui oblige les plusieurs milliers d’Allemands à changer de cap, idem pour l’embuscade à Montferrier qui les dévia vers le nord.

Les émotions d’un héros

Dans ses mémoires, il raconte aussi les émotions ressenties tout au long de ces quelques jours près de Montpellier. Son écœurement après l’exécution d’un prisonnier, le soulagement quand lors du transport du matériel et des armes, le convoi évite les Allemands, l’adrénaline juste avant l’embuscade qu’ils doivent monter, la joie des habitants lorsqu’ils traversent les villages, l’effroi quand il apprend la terrible tragédie qui a touché le maquis de Bir Hakeim pendant laquelle des résistants furent torturés et tués alors qu’ils attendaient un parachutage d’armes de la Royal Air Force…

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L’arrivée triomphale à Montpellier

Mais son souvenir le plus marquant et le plus heureux restera sans conteste son arrivée à Montpellier le 25 août. « Les gens font au convoi la plus ahurissante des réceptions. Ils font la haie dans les rues, en applaudissant et saluant de la main et d’étonnantes manifestations ont lieu sur la place de la Comédie. Nous, Anglais, sommes embrassés des centaines de fois par les deux sexes. La mémoire de cet accueil tumultueux est encore vivace dans mon esprit. »

Un nom gravé et un hommage

Andrew Croft fait partie des 145 résistants dont le nom est gravé sur la place des Martyrs-de-la-Résistance devant la Préfecture depuis l’automne dernier. La ville avait sollicité l’ambassade britannique pour tenter de contacter sa famille à l’époque, en vain. C’est finalement un Anglais installé à Montpellier qui a retrouvé Julia Korner, la fille d’Andrew Croft. Elle sera présente lors de l’hommage ce vendredi 8 mai à 8 h 30 place des Martyrs-de-la-Résistance, ainsi que David Pritchard, le petit-fils du soldat, son épouse et ses enfants. Elle sera suivie par la traditionnelle cérémonie pour le 8-Mai au monument aux morts à 9 h 30.