Nice : il poignarde 14 fois son ex-compagne et plaide l'amnésie en appel
Nice : 14 coups de couteau, l'accusé plaide l'amnésie

Le 22 août 2021, à Nice, Etelvino Mendes Gomes a poignardé à quatorze reprises son ex-compagne. Condamné à vingt-deux ans de réclusion en première instance, il est jugé en appel cette semaine à Draguignan. L'accusé ne parvient toujours pas à expliquer les raisons de son geste criminel.

Un accusé qui ne se souvient de rien

Assise sur le banc des parties civiles, le regard droit, le cou entouré d'un collier cervical, Helena (le prénom a été changé) ne réagit pas aux propos de son ex-compagnon. Celui-ci implore son pardon depuis le box de la cour d'assises du Var. « Je veux m'excuser, s'écrie-t-il en se prenant la tête à deux mains. Tu ne mérites pas le mal que je t'ai fait. Je suis vraiment désolé. »

Reconnu coupable en janvier 2025 par la cour d'assises des Alpes-Maritimes de tentative d'assassinat par conjoint, condamné à vingt-deux ans de réclusion criminelle et à une interdiction définitive de territoire, le trentenaire avait aussitôt interjeté appel. Il est donc jugé à nouveau depuis mardi à Draguignan. Mais comme en première instance, lorsque vient le moment de plonger dans l'horreur des faits, Etelvino Mendes Gomes ne répond pas. Ne sait pas. Ne se souvient plus. « C'est l'alcool le problème », répète-t-il comme un mantra.

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Une amnésie, feinte ou réelle, qui irrite la présidente Anne-Valérie Lablanche. « Lors de votre garde à vue, votre mémoire allait jusqu'au premier coup de couteau. Depuis, elle s'arrête à votre cheminement vers l'appartement de votre ex-compagne. Chez vous, la perte de mémoire est dégressive. Des excuses sans réponses, ça n'a aucune valeur. »

Le récit d'une emprise

La cour écoute religieusement Helena pour en apprendre davantage sur les circonstances du crime. La mère de famille retrace longuement à la barre cette relation « invivable » qui aura duré cinq ans. Sans le savoir, elle dresse le tableau clinique de l'emprise : cette difficulté à quitter l'être aimé mais violent, alcoolique et insultant. La honte parfois, la culpabilité souvent. Cette culpabilité survivra aux quatorze coups de couteau. « J'ai longtemps pensé être responsable de ce qui m'était arrivé, car j'avais refusé de le voir ce jour-là, souffle-t-elle. J'ai dû travailler sur moi-même pour arrêter de croire ça. »

Puis le déclic. La séparation, laborieuse. Le contact maintenu malgré tout, pour les enfants. Mais deux jours avant les faits, Etelvino s'était présenté ivre à l'anniversaire d'un des fils d'Helena. Elle lui avait refusé l'entrée de l'habitation, tout en acceptant de le voir « plus tard pour s'expliquer ».

Le cauchemar du 22 août

Le 22 août, au matin, leurs échanges de SMS sont cordiaux. Puis, à partir de 17 heures, le ton d'Etelvino change. Insultes, menaces, le Cap-Verdien semble alcoolisé. « Donc je lui ai dit que je ne voulais pas le voir, que ça suffisait », se souvient la partie civile. Il n'en fallait pas plus pour que son ex-conjoint passe à l'acte. « Je ne pensais pas qu'il en arriverait là, concède-t-elle. Jamais. Même si je redoutais sa réaction. »

« Le son de ses pas déterminés » dans les escaliers menant au quatrième étage de son immeuble rue d'Angleterre continue de la hanter. « Il défonce la porte, je me réfugie dans la chambre de mes enfants. Il entre. J'étais coincée. Les deux grands se réveillent. Il me crie dessus. S'énerve. Il veut mon téléphone car j'étais en ligne avec la police. Puis il me met des coups de poing. »

Dans chaque main, Etelvino tient un couteau de cuisine. Les coups ouvrent les chairs. Bientôt, il vise le ventre, le dos, la nuque. « Je tombe, je tourne la tête et je vois mon plus jeune fils, dans son lit, qui me regarde… » Sans trop savoir comment, Helena parvient à rejoindre le couloir, ouvre la porte d'entrée et se retrouve face à une voisine — « une héroïne » selon Me Gaëlle Lecointe-Gemsa — venue lui porter secours. « J'étais à bout de forces. Je descends quelques marches puis je m'écroule devant un policier. »

De tout cela, Etelvino Mendes Gomes ne parle pas. « Je ne peux pas dire grand-chose sur les faits, s'excuse-t-il. J'ai un trou noir. » Le verdict sera rendu vendredi après-midi, après les prises de parole des parties.

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