Narcotrafic : des avocats du Gard envisagent d'abandonner les dossiers
Narcotrafic : des avocats du Gard veulent arrêter

Le narcotrafic bouleverse la profession d'avocat dans le Gard. Face à des trafiquants plus jeunes, violents et imprévisibles, certains pénalistes envisagent de renoncer à ces dossiers ou du moins de les sélectionner avec plus de rigueur.

Un climat de tension croissante

Dans le Gard, les récents mois ont été marqués par une actualité dense en matière de procès ou d'interpellations liées au trafic de drogue, aux associations de malfaiteurs, aux infractions sur les armes ou aux meurtres en lien avec la guerre des gangs. Un avocat croisé à Nîmes confie : « Je me demande si je vais continuer à défendre les gens dans les affaires des stups. » Il explique ressentir un changement dans l'attitude des trafiquants, qui commence à le gêner, sans en dire davantage.

Un autre avocat pénaliste observe : « C'est vrai que les trafiquants ont changé et sont désormais jeunes et imprévisibles, donc potentiellement dangereux. Ils peuvent essayer de vous intimider pour obtenir des éléments et vous mettre en difficulté avec la déontologie. Nous sommes auxiliaires de justice, pas des auxiliaires des trafiquants. Mais la jeunesse de certains prévenus peut les pousser à demander des choses totalement interdites. »

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Des dérives liées à l'argent de la drogue

Le contexte est préoccupant : des avocats du sud de la France ont récemment été épinglés pour leur pratique professionnelle et leurs liens jugés distendus avec la déontologie, voire avec le code pénal, comme l'évoquaient nos confrères de La Charente Libre. À Nîmes, le climat autour des affaires de stupéfiants a suscité de nombreux commentaires sur ces avocats. Un spécialiste note : « L'argent de la drogue est dans l'économie réelle, cela peut contribuer à des dérives. » Un autre avocat de la région estime que la population pénale a évolué, avec des individus plus dangereux qu'il y a vingt ans.

Un « marché » désormais déstructuré

Un observateur du monde judiciaire analyse : « Les règlements de comptes en série le démontrent : certains trafiquants sont totalement déshumanisés et manquent souvent d'intelligence. Ils sortent les flingues pour un oui ou pour un non. Maintenant, ils ont accès à des armes de guerre, comme des Kalachnikov, et rafalent à la moindre occasion. Le “marché” n'est plus structuré avec des parrains à l'ancienne qui dirigent des villes ou des quartiers. Les avocats ? Le néobanditisme a rarement du respect ; même les avocats sont considérés comme des prestataires de service. »

Il ajoute : « J'ai eu vent que des avocats ont subi des coups de pression par des voyous, voire ont été menacés ou agressés. Et encore, on sait très peu de choses, c'est l'omerta. Les rapports d'argent ne facilitent pas les choses. Les plus intelligents sont dans un rapport de séduction, les autres dans la menace, implicite, dans le meilleur des cas. »

Un rapport respectueux disparu

Une source spécialisée explique anonymement : « Il faut comprendre que le rapport respectueux d'avocat à truand n'existe plus. À part peut-être avec les très grands trafiquants. Mais avec le néobanditisme des cités, le premier échelon du narcotrafic, la place de l'avocat est complètement différente : ils sont regardés comme des “prestataires”. Le pouvoir de l'argent a aussi considérablement évolué, et les trafiquants placent des billes partout : dans des commerces, des sociétés, et j'ai même eu vent que des trafiquants payaient les études d'un avocat qui devient ensuite leur marionnette. »

Des avocats de plus en plus prudents

Pour se prémunir, un avocat nîmois explique sa méthode : « Je dis ce que je vais faire en termes de procédure et je le fais. J'annonce la couleur d'entrée, de cette façon il n'y a pas de surprise, et surtout je ne promets pas des choses qui ne sont pas certaines. Promettre, par exemple, une remise en liberté, ce n'est pas raisonnable. J'explique à mes clients que je suis comme un médecin qui va tout tenter pour obtenir la guérison, mais je ne peux pas la garantir. »

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Un autre pénaliste est plus catégorique : « En ce qui me concerne, je pense que je vais arrêter d'intervenir dans ces dossiers. Les prévenus sont sans limite : ils appellent sur votre portable depuis la prison avec des applications, cela peut vous mettre en difficulté. Ils mettent la pression, les familles aussi, parfois c'est lourd. »

La sélection des clients devient cruciale

Un ancien policier, spécialiste du grand banditisme, témoigne : « Oui, j'ai entendu parler d'avocats qui allaient être de plus en plus sélectifs dans le choix de leurs clients. Leur crainte, c'est d'être confrontés à des gens ingérables et dangereux. Ils se renseignent sur les clients avant de dire s'ils interviennent. La jeune génération de trafiquants est ultra-dangereuse. Un banal rendez-vous peut vite dégénérer. Je ne dis pas qu'ils vont tirer sur leur avocat, mais déjà entre trafiquants, quand ils se voient et même quand le climat est détendu, le trafiquant part en reculant de peur de prendre une balle dans le dos. Les avocats ? Bien sûr, ça m'est arrivé de recevoir un appel d'un avocat qui se renseignait pour savoir s'il allait défendre ou pas le client. En gros, il cherchait à savoir si ça craignait. »

Un autre observateur du monde judiciaire souligne une difficulté supplémentaire : « Une des difficultés, c'est qu'ils ne veulent pas apparaître comme l'avocat habituel de tel clan ou tel autre. S'ils défendent exclusivement un clan, ils sont étiquetés comme tel, et s'ils défendent un clan puis un autre, ils passent pour des gens qui peuvent transmettre des informations. C'est très périlleux. »

Des stratégies pour éviter les dérives

Une avocate nîmoise assure désormais écrire des courriers à son client pour éviter toute ambiguïté et la diffusion d'informations interdites : « En rédigeant un courrier, les choses sont posées et actées. Mais le plus difficile n'est pas forcément la relation avec le client, c'est surtout les familles qui veulent obtenir des éléments sur le dossier. »

Une autre avocate de Nîmes affirme qu'elle ne va pas s'interdire de traiter un dossier de trafic : « La question n'est pas là pour moi. La question, c'est que quand un avocat pénaliste traite toujours le même contentieux, comme celui de la drogue, ça vous rend dépendant d'un certain type de clientèle. J'ai fait le choix de ne jamais franchir la ligne, ni la grise ni la noire. J'ai des contentieux en matière pénale très différents. De cette façon, je ne suis pas dépendant. Il faut diversifier les dossiers pour ne pas être dépendant. »

Les intervenants ont souhaité conserver l'anonymat pour s'exprimer et préserver leur sécurité.