Menaces de mort et plainte déposée : le lanceur d’alerte de la mosquée En-Nour à Nice évincé ?
Celui qui a dénoncé des détournements de fonds présumés orchestrés par l’imam devrait être écarté du jeu. Une conférence de presse a failli virer au pugilat, vendredi 29 mai 2026.
« On va évincer le lanceur d’alerte qui dénonce des faits graves et favoriser l’imam sous le coup d’une enquête de justice ? » Cette question a été posée, ce vendredi 29 mai 2026, par Jonathan Coullet, un fidèle de la mosquée En-Nour à l’ouest de Nice. Il avait organisé une conférence de presse, à laquelle ont répondu Nice-Matin, l’AFP et Ici Azur, qui a failli tourner au pugilat. Et qui a fini par des menaces de mort et une plainte déposée au commissariat des Moulins, à quelques encablures de l’institut musulman de la Plaine du Var.
Contexte très tendu et menaces
Ce vendredi, dans un climat extrêmement tendu, Jonathan Coullet a donc invité les médias pour exprimer son interrogation face aux décisions de l’administratrice judiciaire du cabinet Huertas, qui a acté la tenue d’un conseil d’administration ce lundi 1er juin. À l’ordre du jour : l’éviction du président, Adel Echaoui. En clair, au vu des forces en présence, la fin de celui qui a rendu publics les doutes sur la probable opacité des fonds qui alimentent la mosquée.
« Je m’interroge sur la gestion de l’administratrice judiciaire… Il n’y a pas eu d’assemblée générale depuis plus d’un an. On attendait logiquement une assemblée générale élective. Nous avons, de notre côté, un comité de plus de 200 adhérents qui ne comprennent pas pourquoi leur vote va leur être confisqué », a commencé à dire Jonathan Coullet. « On espérait que l’administratrice organise cela. Elle a choisi de convoquer un conseil d’administration lundi 1er juin au terme duquel le lanceur d’alerte va être évincé », a-t-il poursuivi avant d’être pris à partie de façon virulente par un proche de l’imam qui l’a menacé de mort. Il a déposé plainte.
Nous avons interrogé l’imam, présent avec ses soutiens. Nous avons été invectivés. « Je suis là en tant qu’imam, la personne qui vous parle est un espion qui filme (à l’adresse de Jonathan Coullet) », a-t-il déclaré.
L’administratrice judiciaire : « Je suis indépendante et impartiale »
Sollicitée, l’administratrice judiciaire déplore la situation et répond : « Je suis mandataire de justice, je suis contrainte par la mission qui m’est imposée par le tribunal judiciaire ». En l’occurrence, explique-t-elle, elle n’a pas été missionnée pour convoquer une assemblée générale élective. « Je suis indépendante et impartiale », martèle-t-elle.
Profondes tensions en interne
Ce lieu de culte est agité depuis plus d’un an par des querelles internes sur fond de suspicions de détournement d’argent. Ces soupçons ont été alimentés par la découverte de 126 000 euros en liquide dans le coffre-fort du bureau de l’imam historique Mahmoud Benzamia. Des faits attestés par constat d’huissier, et des billets dont le religieux peine à justifier la provenance.
Deux clans et des centaines de milliers d’euros
Ces soupçons ont déclenché un article 40 du préfet des Alpes-Maritimes, Laurent Hottiaux, et une ouverture d’enquête par le procureur de Nice, Damien Martinelli. Les investigations ont été confiées à la brigade de la criminalité financière, qui mène actuellement des auditions. En attendant, la mosquée a été placée sous tutelle du cabinet Huertas par décision de justice. Et les deux clans se déchirent, les sommes engagées étant colossales : « On parle de plusieurs centaines de milliers d’euros », révèle une source qui tient à rester anonyme.
D’un côté, le lanceur d’alerte, Adil Echaoui, président de facto de l’institut En-Nour – selon les statuts officiels de l’association qui gère ce lieu accueillant plus de mille fidèles. De l’autre, l’imam Benzamia, qui évoque ce débat à longueur de prêches.
Note : L’article 40 impose l’obligation, pour toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire, dans l’exercice de leurs fonctions, de signaler des crimes ou délits dont il a connaissance, c’est-à-dire de saisir le procureur.



