Marine Le Pen face à son destin judiciaire : cinq ans d'inéligibilité requis avant la présidentielle 2027
Marine Le Pen : cinq ans d'inéligibilité requis avant 2027

Marine Le Pen dans l'attente d'un verdict crucial pour son avenir politique

La semaine dernière, les avocats généraux ont requis une peine sévère contre Marine Le Pen, comprenant quatre ans d'emprisonnement dont trois avec sursis, une amende de 100 000 euros et, élément le plus déterminant, cinq ans d'inéligibilité. La dirigeante du Rassemblement National connaîtra mercredi la date précise de la décision de la cour d'appel de Paris, probablement fixée « à l'été », après les dernières plaidoiries de ses défenseurs. Ces derniers tenteront d'obtenir une relaxe ou, à défaut, une sanction modérée pour celle qui envisage une quatrième candidature à la présidence de la République.

Un enjeu politique majeur pour 2027

Après quatre semaines de débats intenses, les trois magistrats de la cour d'appel sont confrontés à une question éminemment politique : Marine Le Pen doit-elle pouvoir se présenter à l'élection présidentielle de 2027 ? Les avocats généraux ont répondu négativement la semaine dernière, en demandant une peine qui inclut cette inéligibilité de cinq ans. La candidate a déjà indiqué qu'elle prendrait sa décision concernant une quatrième candidature dès l'annonce du verdict en appel, sans attendre d'éventuels recours futurs devant la Cour de cassation.

L'équation est simple mais ardue : pour rester éligible, Marine Le Pen ne doit être condamnée qu'à deux ans d'inéligibilité maximum et à un emprisonnement avec sursis. Or, les réquisitions actuelles sont très proches du jugement de première instance, lui-même largement calqué sur les premières conclusions du parquet. Cette similitude rend la tâche de la défense particulièrement complexe.

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L'accusation d'un « système » de détournement

Les deux avocats de Marine Le Pen, Mes Rodolphe Bosselut et Sandra Chirac-Kollarik, ont prévu environ deux heures et demie chacun pour contester l'accusation. Celle-ci décrit leur cliente comme « l'instigatrice, à la suite de son père, d'un système qui a permis pour le compte du parti de détourner 1,4 million d'euros ». Il est reproché à Marine Le Pen, ainsi qu'au RN (anciennement Front National) et à dix autres cadres, d'avoir fait embaucher des assistants parlementaires pour les eurodéputés du parti.

Ces assistants étaient payés par des fonds européens, mais leur activité aurait bénéficié exclusivement au mouvement politique. À l'ouverture des débats, Marine Le Pen avait semblé esquisser un début de mea-culpa en déclarant : « Si un délit a été commis, je veux bien l'entendre ». Mais elle avait immédiatement ajouté qu'il n'y avait pas d'« intention » de sa part, argument que ses avocats entendent développer mercredi.

Les arguments de la défense

Les conseils de la dirigeante devraient également contester la qualification de « détournement de fonds publics », qui ne vise selon eux que les « agents publics nationaux ». Ils soutiennent que les eurodéputés sont des agents publics « internationaux », échappant ainsi à cette infraction. L'objectif principal sera surtout d'anéantir l'idée d'un « système » organisé, pierre angulaire de l'accusation et qui avait justifié la lourdeur des condamnations en première instance.

Ces trois pistes de défense ont déjà été largement explorées depuis la semaine dernière par les avocats des autres mis en cause, donnant aux plaidoiries un caractère de répétition générale. Elles avaient par ailleurs été exposées sans succès en première instance, ce qui n'a pas empêché Marine Le Pen de maintenir sa confiance en Rodolphe Bosselut, rencontré il y a plus de 30 ans lors de permanences de garde à vue.

Une atmosphère apaisée mais des enjeux colossaux

À défaut d'un véritable changement de stratégie, ce deuxième procès s'est déroulé dans une ambiance bien plus apaisée que le premier, avec une présidente de cour dont chacun a salué « l'écoute ». Cette atmosphère pourrait nourrir l'espoir, aussi mince soit-il, d'une issue favorable pour la candidate. « Je suis croyante… alors je crois aux miracles », avait plaisanté Marine Le Pen la semaine dernière.

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Pourtant, son visage a depuis trahi des sentiments plus graves, tant cette salle d'audience où s'est concentrée une partie de l'histoire de l'extrême droite française – avec la présence de Bruno Gollnisch, Wallerand de Saint-Just et les régulières évocations de Jean-Marie Le Pen – pourrait devenir le tombeau des ambitions d'une vie. Un député ami résume la situation : « En cas de condamnation, elle a compris qu'il faudra bien s'y résoudre, même la mort dans l'âme ».

Un cadre du parti, plus pragmatique, complète : « Dans tous les cas on fait campagne, on prépare le RN à accéder au pouvoir ». Quitte à ce que ce soit avec Jordan Bardella à sa place, si la justice en décidait ainsi. L'été prochain apportera donc une réponse cruciale, non seulement pour Marine Le Pen personnellement, mais pour tout l'échiquier politique français à l'approche de 2027.