Un magistrat marseillais de 47 ans, ancien vice-président chargé de l'instruction au tribunal judiciaire de Marseille, risque la révocation après avoir fraudé le péage à près de 200 reprises. Il a comparu en audience disciplinaire à Paris devant le Conseil supérieur de la magistrature (CSM). Selon Le Parisien, qui a relayé l'affaire, le magistrat circulait en scooter sur l'autoroute sans payer le péage pendant près de deux ans, utilisant la technique du « petit-train », qui consiste à coller le véhicule juste devant pour passer la barrière.
Des fraudes répétées et une tentative de dissimulation
La justice rapporte 173 franchissements frauduleux du tunnel Prado Carénage entre 2024 et 2025 à Marseille, ainsi que 23 autres du même type sur les autoroutes Vinci entre 2023 et 2024. Pour se couvrir, le magistrat déposait de fausses plaintes pour usurpation de plaques d'immatriculation afin de contester les verbalisations. Cette technique a fonctionné jusqu'au jour où il a été pris en flagrant délit. La police a remonté son identité grâce à l'immatriculation du scooter, qui était fausse. Après quelques semaines, le magistrat a été identifié comme le fraudeur. À l'époque, il était considéré comme un magistrat expérimenté aux états de service quasiment irréprochables. Le rapporteur du Conseil supérieur de la magistrature a même évoqué un « jeune magistrat prometteur, doté de réelles qualités personnelles et professionnelles », ajoutant qu'il avait « accompli un excellent travail dans le domaine de la circulation routière ».
Les explications du magistrat
« Je n'ai pas d'excuses, je ne peux vous apporter des explications », a déclaré l'accusé. « Il n'y avait pas de plaisir de transgression. Je n'arrivais pas à mettre un coup d'arrêt. » Après avoir reconnu ses torts, il a tenté de justifier ses actes en évoquant un changement psychologique survenu lors des attentats de Nice en 2016. Présent ce jour-là sur la Promenade des Anglais, il a expliqué : « Je dois gérer professionnellement l'attentat. J'endosse la fonction de procureur de la République. C'est un vrai cauchemar. » Selon lui, il y a eu un avant et un après ce 14 juillet 2016. « J'ai considéré qu'avec mon vécu de parquetier, j'allais pouvoir faire face, sans prise en charge psychologique. »
La révocation demandée par le ministère de la Justice
Pour la représentante du garde des Sceaux, « le risque de réitération semble aujourd'hui non-écarté ». Elle estime que « la nature et la gravité des manquements constatés ne permettent pas d'envisager la poursuite de la carrière de magistrat ». La décision sera rendue en juin.



