Le 11 mars 2023, Francis Huguel a provoqué un accident et abattu de deux balles l’amant de son épouse avant d’incendier sa voiture. Il est jugé depuis ce lundi 18 mai devant la cour d’assises de la Gironde. « J’exprime de profonds regrets à la famille de la victime, aux enfants et à ma femme. Je suis conscient que ce que j’ai fait est inadmissible. Je demande pardon. Je ne sais pas comment j’ai pu faire un truc pareil. » Ce lundi, à l’ouverture de son procès où il répond d’assassinat, Francis Huguel, 58 ans, ne s’explique pas le passage à l’acte.
Les faits du 11 mars 2023
Ce jour-là, vers 8 h 55, au volant de son fourgon, il emprunte la route de l’Atlantique (D 6) à Lacanau et fait une queue de poisson à la Dacia Sandero conduite par l’amant de sa femme, Nicolas Ribes, un père de famille de 56 ans. L’automobiliste s’immobilise sur le bas-côté, contre un arbre, en bordure de forêt de pins. Francis Huguel descend armé d’un pistolet Glock et tire deux cartouches de 9 mm sur son rival avant de mettre le feu à sa voiture et de disparaître.
Lorsque les gendarmes, alertés par des témoins, arrivent sur les lieux, ils ne constatent aucune trace de choc ou de freinage et pensent à un accident de la circulation. Mais, mystère, alors que la carcasse de la voiture est encore fumante, les gendarmes, comme les sapeurs-pompiers et les agents de la police municipale de Lacanau, ne constatent pas la présence d’un corps à l’intérieur.
La découverte macabre
Ce sont les deux filles et l’épouse de Nicolas Ribes, venues vers 13 heures prendre des photos du véhicule accidenté, qui aperçoivent une masse calcinée au niveau du siège conducteur. Elles se rendent immédiatement à la gendarmerie pour signaler la macabre découverte. Une équipe d’enquêteurs revient sur place et constate qu’il y a bien un corps humain. « Heureusement que la voiture n’avait pas été enlevée », observe la présidente de la cour d’assises, Marie-Noëlle Billaud. « Si elles ne retournent pas sur les lieux de l’accident, il n’y aurait jamais eu d’affaire aux assises, c’était le crime parfait », maugrée Me Arnaud Dupin, avocat des filles de Nicolas Ribes, parties civiles aux côtés de leur mère.
« On ne comprend pas comment les pompiers et les premiers intervenants des forces de l’ordre n’ont pas vu le corps calciné dans la voiture », s’étonne-t-il. « Tous les éléments du dossier pointent un guet-apens, une volonté de tuer », assène Me Max Bardet, conseil de Mme Ribes.
La surveillance et la préméditation
La veille des faits, Nicolas Ribes, résidant à Saint-Aubin-de-Médoc, avait expliqué à son épouse qu’il devait se rendre à Lacanau pour participer à un repas chez un collègue de travail. En réalité, il était chez Cécile Huguel, qui avait déménagé à Lacanau à la suite de relations distendues avec son mari Francis. Quand l’amant quitte le domicile de sa maîtresse, il ne se doute pas que Francis Huguel les épie depuis plusieurs semaines, passant des nuits entières à surveiller la maison de son épouse, allant même jusqu’à enfiler une tenue de camouflage et s’installer sur une chaise pliante, équipé d’une paire de jumelles.
Il raconte avoir voulu rattraper Nicolas Ribes pour avoir une explication. Malgré des appels de phares et avoir roulé côte à côte, il aurait involontairement donné un coup de volant, provoquant la sortie de route. La voiture aurait pris feu et, pris de panique, il aurait tiré sur le conducteur, coincé dans l’habitacle, « pour abréger ses souffrances ». L’enquête révélera qu’il avait fait des recherches sur Internet pour savoir comment la police américaine percutait les véhicules des suspects pour parvenir à les interpeller. Il s’était également renseigné sur la fonte des métaux pour savoir ce que devenaient des étuis de balles tombés dans un brasier.
Le profil de l'accusé
Sapeur-pompier volontaire, il savait que pour éviter un effet de blast, il fallait mélanger de l’essence avec de l’huile avant d’arroser l’intérieur de la Dacia et de mettre le feu avec un briquet. Quelques heures après avoir commis l’irréparable, il déjeunait avec son épouse, comme si de rien n’était. Deux jours plus tard, ils revenaient vivre ensemble au domicile conjugal, avant une nouvelle séparation. Francis Huguel est interpellé le 3 octobre 2023. À son domicile, les gendarmes découvrent un véritable arsenal avec des pistolets, une arme de guerre, des munitions, un gilet siglé « police » et un gyrophare. « J’étais dans un endroit isolé, j’avais peur des cambriolages. Je vivais un peu en mode survival », justifie l’accusé.
Le procès reprend ce mardi 19 mai. Le verdict est attendu jeudi.



