Dans son ouvrage « Corruptions », l'avocat pénaliste Jérôme Karsenti, figure historique de l'association Anticor, dresse un constat alarmant sur l'état de la démocratie française. Selon lui, l'État de droit résiste, mais de moins en moins, face à la montée des discours extrêmes et à une société sécuritaire.
Un livre mûri de longue date
Jérôme Karsenti explique avoir porté ce livre en lui pendant des années, nourri par sa participation aux grands procès politico-financiers : affaire Chirac, sondages de l'Élysée, Bygmalion, ou encore le dossier Bolloré. Il y défend aussi des lanceurs d'alerte et intervient dans des affaires de discriminations et de violences policières. Cette position privilégiée lui permet d'observer ce qu'il décrit comme un délitement des institutions.
Les causes du délitement
Pour l'avocat, plusieurs facteurs expliquent cette dégradation : la peur du terrorisme islamiste, les fantasmes autour d'une immigration incontrôlée, et la banalisation du discours de haine dans l'espace public. Il estime que peu d'hommes et femmes politiques sont capables d'enrayer cette tendance.
Un titre trompeur ?
Interrogé sur le choix du titre « Corruptions » (avec un « s »), Karsenti reconnaît qu'il peut sembler trompeur. En tant qu'avocat spécialisé dans la lutte anticorruption, on l'attend surtout sur ce terrain. Mais le livre va au-delà pour explorer les multiples formes de corruption morale et institutionnelle qui minent la démocratie.
L'ouvrage, riche en exemples concrets et récits de vie, plonge le lecteur au cœur d'une démocratie malade, où l'État de droit cède progressivement sous les coups de boutoir des peurs et des extrémismes.



