Ouverture du procès en appel de Jack Sion
Le procès en appel de Jack Sion, septuagénaire niçois jugé pour des viols par surprise sur trois femmes entre 2009 et 2015, s'est ouvert hier devant la cour d'assises des Alpes-Maritimes. L'homme, âgé de 79 ans, comparaît après avoir été condamné en première instance à huit années de réclusion criminelle par la cour criminelle de l'Hérault en octobre 2021.
Silhouette frêle et voûtée, le visage dissimulé sous une casquette, des lunettes et un masque chirurgical, Jack Sion, branché à un concentrateur d'oxygène, est apparu affaibli ce mercredi. Les débats se sont cristallisés autour de sa personnalité, avec le témoignage d'experts, d'amis et d'ex-compagnes.
Un avatar utilisé pendant près de dix ans
Pendant près d'une décennie, sous le pseudonyme d'Anthony Laroche, un prétendu architecte d'intérieur à Monaco âgé d'une trentaine d'années, Jack Sion, qui en avait 30 de plus, entretenait des conversations avec des femmes partout en France. Les enquêteurs ont retrouvé chez lui près de 200 fichiers de femmes sur son ordinateur, ainsi qu'un carnet recensant environ 350 conquêtes potentielles, dont 140 dans les Alpes-Maritimes. Certaines photographies montraient des femmes aux yeux bandés dans son appartement du 237 promenade des Anglais, à Nice.
L'accusé reconnaît avoir utilisé les photos d'un homme plus jeune et plus séduisant, mais conteste toute absence de consentement. "Ces photos étaient destinées au contact sur Internet. Je n'ai jamais menti à ce sujet lorsqu'on me questionnait", a-t-il déclaré à la barre, ajoutant : "À aucun moment je n'ai forcé ou contraint quelqu'un... elles étaient libres de partir si elles le souhaitaient."
Une passion pour la séduction
L'enquêteur de personnalité Roger Nahon a dressé le portrait d'un ancien publicitaire "estimé dans sa profession", diplômé des Arts décoratifs de Nice, décrit par ses proches comme "charmeur", "beau parleur" et "très porté sur le sexe". Marié à trois reprises, Jack Sion a multiplié les aventures sentimentales. Sa première épouse évoque "un grand séducteur avec un certain charme", mais aussi "un menteur porté sur le sexe", parlant de relations sexuelles "deux à trois fois par jour". Sa seconde épouse le décrit comme "gentil et généreux", mais "sortant tous les soirs". Un ami de longue date le résume comme un "champion de la drague" dont les femmes appréciaient la compagnie. Pour l'enquêteur, "avec la naissance des sites de rencontres, il a trouvé le moyen de satisfaire cette passion".
Témoignage de Jeanne, ancienne compagne
Moment marquant de cette première journée, le témoignage de Jeanne, ancienne compagne rencontrée sur Internet en 2009 alors qu'elle avait 19 ans. Malgré les 42 années d'écart, elle a entretenu une relation avec lui jusqu'en 2013 et affirme être restée très proche. Technicienne de police scientifique, elle décrit un homme "cultivé, généreux, doux, patient", qu'elle considère comme "fondamentalement bon". "Moi, ce qui m'importait, c'était le feeling. Le physique n'a jamais été primordial", explique-t-elle. "Les photos étaient un peu trop belles pour être vraies et puis il y avait sa voix. Je me doutais que je n'allais pas sortir avec l'Apollon de la photo", confesse-t-elle.
Selon elle, la relation reposait sur un "jeu sexuel" pleinement assumé des deux côtés. Suivant le même scénario érotique convenu avec toutes les femmes, elle pénétrait dans l'appartement plongé dans la pénombre, se bandait les yeux, se déshabillait et se laissait guider jusqu'à l'acte sexuel. "Ne pas voir la personne, ça pimentait les choses. Ça faisait partie de l'excitation", raconte-t-elle. Sans remettre en cause la parole des plaignantes, Jeanne dit avoir vécu une expérience radicalement différente. "Je peux tout à fait concevoir que l'on puisse déposer plainte, chacun a son vécu, chacun a son ressenti", déclare-t-elle, avant d'ajouter : "Je suis consciente qu'en jouant à ce jeu, j'aurais pu beaucoup plus mal tomber."
Les deux plaignantes qui se sont constituées partie civile – la troisième ne s'est jamais présentée – doivent s'exprimer ce jeudi face à la cour.



