Hitler, paresseux et SDF à Vienne avant de devenir dictateur
Hitler, paresseux et SDF à Vienne avant le pouvoir

Hitler simple vagabond, balayant la neige pour trois sous et logé dans un foyer pour hommes dans un quartier populaire de Vienne… Vingt ans plus tard, il est aux portes du pouvoir, s’apprêtant à prendre le contrôle de l’Allemagne en devenant chancelier, avant de faire basculer le pays entier dans la dictature. Le raccourci est saisissant et il est véridique, rappelle l’historien Claude Quétel, dans une biographie captivante qu’il publie aux éditions Perrin.

Une jeunesse marquée par la paresse

Une jeunesse miteuse que le futur dictateur ne doit qu’à sa paresse viscérale, explique l’historien. Car Adolf Hitler est un vrai fainéant, toujours partisan du moindre effort, et ce dès son enfance. Élève irascible au caractère buté et aux résultats médiocres, il est couvé par sa mère Klara qui refuse de l’envoyer en apprentissage après le décès de son mari. Elle le place au lycée, il ne finit pas sa troisième, s’invente une maladie et se laisse dorloter à Linz, en Autriche.

« Hitler écrira plus tard que commencèrent alors les plus belles années de ma vie, rappelle Quétel. Et pour cause. Ce paresseux ne fait rien… » L’adolescent fréquente les cinémas, les cafés, l’opéra, et part deux semaines visiter Vienne, toujours aux frais de sa mère. C’est la révélation, il a 17 ans, se rêve artiste, c’est à Vienne que va s’écrire son destin jure-t-il : le jeune Autrichien se présente à l’Académie des beaux-arts mais il est recalé pour une « épreuve de dessin insuffisante ».

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La mort de sa mère et l'installation à Vienne

En décembre 1907 survient le drame : sa mère meurt. Va-t-il enfin gagner sa vie en cherchant un travail ? C’est tout l’inverse qui se passe. « Son décès lui permet de prendre le large, écrit Claude Quétel. Il s’installe définitivement à Vienne, avec un petit pécule familial et une pension d’orphelin partagé avec sa jeune sœur Paula. »

Il loue une chambre dans un quartier modeste, qu’il partage un temps avec son ami Kubizek, passionné de piano, avec lequel il se rend à l’opéra, toujours au poulailler, le seul endroit qu’ils peuvent s’offrir. Hitler se lève tard, loupe une nouvelle fois les Beaux-Arts, fréquente toujours des bistrots bon marché, mais tout est trop cher…

La rue et les petits boulots

À la fin de l’année 1908, il se retrouve seul, sous-loue une nouvelle chambre très sommaire avant de se retrouver à la rue. Le voilà SDF, à la recherche d’asiles de nuit. « On ne sait au juste de quoi il vit dans les mois qui suivent, rapporte Claude Quétel. De petits boulots certainement, comme porter les valises des voyageurs dans la gare de l’Ouest ou l’hiver balayer la neige dans les rues. Il n’est toujours pas question pour cet orgueilleux et ce paresseux pathologique de songer à une profession qui ne pourrait être, de toute façon, que des plus modestes… »

Le foyer pour hommes

Hitler a 20 ans, il fréquente les marginaux et les clochards, mais ne sombre pas : il reste propre, se rase, ne fume pas et ne boit pas, pour ne pas dilapider ses maigres économies. Le chômeur survit en peignant des aquarelles, des cartes postales, des vues de Vienne pour les touristes.

En février 1910, il intègre un foyer pour homme dans un quartier ouvrier, qui accueille 500 pensionnaires, avec dortoir, cantine et bibliothèque. Il n’a nul droit d’être là, précise son biographe, les lieux étant réservés aux travailleurs nécessiteux natifs de Vienne, mais Hitler parvient à se faufiler entre les mailles du filet en se présentant comme « artiste peintre ».

« Le vagabond se sent comme un poisson dans l’eau, partageant son temps entre la lecture assidue de la presse et la réalisation de ses travaux d’aquarelle », décrit l’historien. Il va rester là trois ans, vivotant grâce à la vente de ses tableaux et même en réalisant des petites affiches publicitaires pour les commerçants du quartier. Et commence surtout à se forger une idéologie nébuleuse, nourrie par les courants nationalistes de l’époque, le pangermanisme, l’antisémitisme et un mépris viscéral pour le parlementarisme et les sociaux-démocrates. Doté d’une mémoire sidérante, Hitler apprend par cœur des passages entiers lus dans des livres et des journaux.

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Vers Munich et l'engagement militaire

Un an plus tard, le petit héritage de sa tante Johanna lui permet de mettre du beurre dans les épinards, suivi par l’héritage paternel, qu’il peut enfin toucher à ses 24 ans, en mai 1913. Muni de son pécule, il quitte Vienne pour Munich, fasciné par l’Allemagne, avant d’être rattrapé par les autorités autrichiennes pour avoir tenté d’échapper au service militaire. Convoqué, ce gringalet fait tellement pitié qu’il est réformé. Mais après la déclaration de guerre de 1914, Hitler finit par s’engager volontairement dans l’armée allemande… Un autre chapitre de sa vie commence.

Hitler, par Claude Quétel, éditions Perrin, 22 euros.