Dans un entretien publié par Le Monde, la philosophe Geneviève Fraisse, spécialiste reconnue des questions de genre et d'égalité, s’élève contre l’usage croissant du terme « masculinisme ». Selon elle, ce mot est non seulement impropre sur le plan conceptuel, mais il contribue également à dépolitiser le combat féministe en le réduisant à une opposition simpliste entre hommes et femmes.
Un terme jugé trompeur
Geneviève Fraisse estime que le suffixe « -isme » renvoie habituellement à une doctrine ou à un mouvement politique, comme le féminisme ou le socialisme. Or, le « masculinisme » ne constituerait pas une idéologie structurée, mais plutôt un ensemble de réactions individuelles ou de discours antiféministes. En le qualifiant d'« isme », on lui conférerait une légitimité qu’il ne mérite pas, tout en masquant la diversité des positions et des motivations de ceux qui s’opposent à l’égalité des sexes.
Une dépolitisation du féminisme
Pour la philosophe, l’emploi de ce terme a pour effet de dépolitiser le féminisme. En effet, en opposant « féminisme » et « masculinisme », on crée une symétrie artificielle qui laisse entendre que les deux courants seraient équivalents. Or, le féminisme est un mouvement politique et social qui lutte contre une oppression historique et systémique, tandis que les réactions antiféministes ne sont que des résistances à cette émancipation. Cette mise en parallèle occulte les rapports de pouvoir réels et les inégalités structurelles.
Un appel à la rigueur intellectuelle
Geneviève Fraisse appelle donc à une plus grande rigueur dans l’utilisation des termes. Elle suggère de parler plutôt d'« antiféminisme » ou de « réaction patriarcale » pour désigner ces discours et pratiques hostiles à l’égalité. Selon elle, il est essentiel de ne pas laisser le langage brouiller les enjeux politiques du féminisme, qui reste un combat pour la justice et l’émancipation des femmes.
Cet entretien s’inscrit dans le débat plus large sur les nouvelles formes de contestation de l’égalité des sexes, notamment sur les réseaux sociaux et dans les médias. La philosophe rappelle que le féminisme n’a jamais cessé d’être attaqué, mais que ces attaques doivent être nommées avec précision pour être combattues efficacement.
En conclusion, Geneviève Fraisse nous invite à réfléchir à l’importance du vocabulaire dans la lutte féministe. Le choix des mots n’est jamais neutre : il peut soit renforcer, soit affaiblir la portée politique d’un mouvement. Refuser le terme « masculinisme », c’est refuser de donner une respectabilité à ce qui n’est qu’une opposition à l’égalité.



