Féminicide à Villeneuve-sur-Lot : l'accusé amnésique face à la cour d'assises
Féminicide à Villeneuve-sur-Lot : l'accusé amnésique

« Cocotte-Minute », « bombe à retardement », les images ont été convoquées pour décrire le fonctionnement psychique de Cyril Guglielmino, en l’absence de souvenir du passage à l’acte meurtrier, dans la nuit du 9 au 10 août 2022. Ce jour-là, 42 coups de couteau ont été infligés à Rianne Kroeun. Depuis, le silence. Le compagnon de cette jeune femme de 22 ans, accusé de son meurtre, n’a jamais posé les mots sur son passage à l’acte irrévocable, précédant une tentative de suicide acharnée, se poignardant à la gorge d’abord, se défenestrant ensuite.

Un premier jour de procès sous le signe de l’amnésie

En ce premier jour de procès devant la cour d’assises de Lot-et-Garonne, l’impossibilité d’une réminiscence a laissé place à l’examen du moindre signe avant-coureur du féminicide survenu dans la nuit du 9 au 10 août 2022, dans le huis clos de cet appartement conjugal à Villeneuve-sur-Lot. Une amnésie qui ne saurait être manipulatoire, est certain le docteur Jacques Bertrand, le psychiatre décelant chez Cyril Guglielmino des traits borderline et les « signes cliniques d’une autoculpabilisation authentique. Il est consterné par ce qu’il a pu faire ». Un abattement perceptible dans le regard délavé de l’accusé, au casier judiciaire vierge, dont l’histoire intime et familiale a été fouillée, à la recherche du premier surgissement de violence.

Une relation toxique

Originaire d’Istres dans les Bouches-du-Rhône, Cyril Guglielmino a quitté les rives de l’étang de Berre à l’âge de 26 ans pour rejoindre les cuisines du Stelsia à Saint-Sylvestre-sur-Lot, poursuivant une carrière dans la restauration débutée à l’adolescence, donnant satisfaction à ses employeurs. « Très travailleur », selon sa mère déroulant une « enfance normale », émaillée de deuils brutaux d’un oncle, puis d’une grand-mère, et d’un divorce parental douloureux. « Rianne est arrivée dans nos vies, elle avait 17 ans. Cette petite était seule, elle est venue vivre avec nous ». Une « relation toxique », poursuit-elle, à l’image de celles nouées par son fils au fil des années, qui semblait chercher du « réconfort dans cette sorte de noyau familial. Il y avait souvent des disputes entre eux, à cause de leur jalousie ».

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« Quand un borderline donne un premier coup de couteau, il en donne une quarantaine », a expliqué un expert. Un aspect exploré par la présidente de la cour d’assises au travers du témoignage de la sœur de Cyril Guglielmino. « Rianne et moi avions le même âge. Elle se confiait à moi. Je crois qu’une fois, elle m’a dit qu’il avait essayé de l’étrangler. Je n’ai jamais vu de traces de coups, mais je la croyais », dévoile-t-elle, sur question de Me Pierre Dugast, à propos du fait « le plus grave rapporté par la victime », au cours de sa relation entre 2017 et 2020.

Amnésie et hypothèses

Un an et demi plus tard, Rianne Kroeun aurait recontacté Cyril Guglielmino et décidé de le rejoindre en Lot-et-Garonne, emménageant avec lui en mai 2022. La découverte d’une relation entre la jeune femme et un collègue de travail aurait-elle été « l’étincelle » évoquée par l’expert ? « Il n’a pas fomenté, il a accumulé. Quand un borderline donne un premier coup de couteau, il en donne une quarantaine. La séparation est, pour ce profil abandonnique, une amputation psychique. Mon hypothèse est qu’il ne sait pas comment gérer la situation. »

« Il sait gérer les séparations, ce qu’il ne supporte pas ce sont les trahisons », nuance son collègue psychiatre, développant trois probabilités à l’amnésie de la scène de violence. « Soit on ne veut pas se souvenir et on refoule, soit la traversée émotionnelle intense créée de la confusion, et je n’exclus pas les séquelles du traumatisme crânien dû à sa chute de six mètres », pose le docteur Fabien Aubat. Le verdict est attendu mercredi.

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