Ex-prêtre condamné pour viols : une victime brise le silence dans le Var
Ex-prêtre condamné : une victime varoise brise le silence

Une révélation bouleversante

Le choc a été immédiat, physique. Quand son avocat, Christophe Couturier, apprend à Lise que l’homme qu’elle accuse de l’avoir violée enfant, un ancien prêtre qui officiait dans les années 2000 à la paroisse de La Farlède, vit depuis sa sortie de prison en 2008 au sein d’une congrégation religieuse à Angers, Lise s’effondre. « J’ai fait un malaise. Je n’arrivais plus à parler. Je tremblais. »

Ce qu’elle apprend ensuite la glace. Le lieu où il a été accueilli est un institut religieux où des sœurs bénédictines sont au service des plus faibles. « En regardant le site Internet, j’ai été effrayée en découvrant que l’endroit où est domicilié celui contre qui j’ai porté plainte en 2024 (dépôt de plainte simple) et 2025 (constitution de partie civile) est aussi celui d’un patronage ouvert aux enfants de 4 à 14 ans. »

Un passé judiciaire lourd

L’homme mis en cause, Jean-Michel Le Gac, ancien prêtre, a été condamné il y a vingt ans pour agressions sexuelles sur mineurs et incarcéré. Il est toujours sous le coup d’une interdiction de contact avec des mineurs. À sa sortie de prison, la Congrégation des Servantes des Pauvres, oblates régulières de l’Ordre de Saint-Benoît, en terres angevines, lui a ouvert ses portes. « Il fallait bien qu’il aille quelque part. Il a juste un rôle d’homme à tout faire », commente-t-on dans le diocèse de Toulon/Fréjus.

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Mais l’établissement ouvre ses portes à des enfants également. Qui, au sein de cette congrégation, connaissait le passé judiciaire de l’individu ? Qui s’assure, concrètement, que l’interdiction de contact avec des mineurs est respectée dans un lieu pareil ? Ces questions, Lise et son avocat les posent. « Depuis vingt ans, qui a veillé au respect de cette interdiction ? »

Vingt ans plus tôt : un procès et des questions persistantes

Maître Christophe Couturier n’a pas oublié le dossier Le Gac. Lors du procès correctionnel de Valence en 2006, il portait la parole d’une partie des victimes - sept mineurs ou jeunes adultes, principalement originaires de La Farlède, dans le Var. Il avait alors dénoncé la correctionnalisation des faits qui apparaissaient de nature criminelle pouvant relever des assises. « J’ai été saisi au dernier moment et en découvrant le dossier, j’ai été sidéré. Rien n’a été fait pour recenser toutes les victimes. Et en 2024, j’ai été contacté par Lise. Je me suis revu quelques années en arrière malheureusement. »

Lise a donc découvert que le prêtre qui la recevait enfant avait été condamné et incarcéré. C’est le début du cauchemar pour cette jeune maman. Tout est remonté à la surface. « Cela s’appelle une amnésie traumatique. » Elle se souvient la froideur du carrelage, l’odeur de son savon, sa respiration, ses douleurs. « J’avais tout enfoui dans ma mémoire. Je n’avais que 12 ans ! »

Un système qui piège les victimes

L’histoire de Lise met en lumière une autre contradiction du système censé aider les victimes de l’Église. Après le rapport de la CIASE (2021), qui avait révélé l’existence de 330 000 victimes d’agressions dans le cadre religieux depuis les années 1950, une instance indépendante, l’INIRR, avait été créée pour indemniser les victimes. En cinq ans, environ 1 800 personnes ont perçu en moyenne 35 000 euros. Elle n’y aura pas droit. La règle est simple et impitoyable : « Soit je stoppe ma plainte au pénal et je peux prétendre à une indemnisation. Soit je maintiens ma plainte, et je n’ai droit à rien. » Autrement dit : pour être reconnue et réparée par l’institution religieuse, il faudrait renoncer à la justice de l’État.

Et la situation menace d’empirer. En septembre 2026, l’INIRR sera remplacée par un nouveau dispositif baptisé « Renaître », déjà vivement critiqué, car entièrement placé sous la tutelle de l’Église catholique.

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Une enquête qui piétine

Lise dépose finalement plainte au commissariat de Hyères en décembre 2024. Les faits qu’elle dénonce ne sont pas prescrits. Un an plus tard, l’enquête stagne. En octobre 2025, son avocat dépose une plainte avec constitution de partie civile. Les mois passent et toujours rien. « Je me suis rendu au tribunal de Toulon et on m’a annoncé que mon courrier, pour lequel j’ai reçu un accusé de réception, était introuvable. » Ces derniers mois, des investigations ont toutefois été menées à Angers. L’homme devrait d’ailleurs être entendu prochainement et Lise se prépare à une confrontation.

Un silence institutionnel

Parallèlement à la procédure pénale, la jeune femme a voulu alerter l’Église. Elle a contacté le diocèse de Toulon/Fréjus pour rencontrer l’évêque, Monseigneur Touvet. Dès le premier appel, elle comprend qu’il lui faudra tout raconter, dans le détail. Elle rédige une lettre « sans tabou, détaillée » pour « éveiller la conscience de l’homme d’Église sur mon vécu ». Elle est finalement reçue. « Il m’a dit qu’il allait voir ce qu’il pouvait faire et qu’il était là pour moi. » Depuis décembre 2025, la mère de famille n’a plus eu de nouvelles. Le 7 mars 2026, à Toulon, lors d’une journée dédiée aux victimes de violences dans l’Église, Lise espérait croiser l’évêque, mais elle ne le verra que dans une vidéo projetée ce jour-là.

Un collectif en formation

Lise n’est plus seule. Elle est en contact avec d’autres victimes qui sont prêtes à s’engager plus activement pour révéler leur propre vécu, à parler. Un collectif est en cours de création, avec l’ambition de rassembler toutes celles et ceux qui auraient pu subir les agissements de cet homme dans le Var et ailleurs. « Il y a un moment où on ne pourra plus étouffer l’affaire et ne pas entendre. » À ce stade, l’ancien prêtre ne fait l’objet d’aucune poursuite et il est présumé innocent.