Un verdict sévère mais en deçà des réquisitions
La cour d'assises des Alpes-de-Haute-Provence a rendu son verdict ce 23 mai 2026. Guillaume B., ancien directeur d'agence bancaire de 51 ans, a été reconnu coupable de viols aggravés, de proxénétisme et d'actes de torture et de barbarie sur son ex-compagne, Laëtitia R. Il écope de 25 ans de réclusion criminelle, assortis d'une période de sûreté des deux tiers. Le ministère public avait requis la perpétuité, mais les jurés ont choisi une peine moindre, tout en restant très lourde.
À l'annonce du jugement, l'accusé est resté impassible, tandis que la victime, âgée de 42 ans, a fondu en larmes. Laëtitia R., mère de famille, a vécu un calvaire de sept années sous l'emprise de cet homme. Les faits, commis entre 2015 et 2022, incluent des brûlures, des strangulations, des actes de zoophilie et de scatophilie, ainsi qu'un tatouage humiliant. Il l'a également contrainte à se prostituer auprès d'environ 500 hommes, selon ses déclarations.
La défense du sadomasochisme rejetée
Lors du procès, la défense a tenté de faire valoir le consentement de la victime. Me Arnaud Lucien a déclaré : "Les faits ne sont pas contestés, la question c'est le consentement." Sa consœur, Me Charlotte Barriol, a ajouté : "Il est difficile de comprendre que certaines personnes puissent s'adonner à ces pratiques", tout en affirmant que des messages échangés par le couple prouvaient l'accord de Laëtitia R.
Cette version a été fermement démentie par la plaignante. À la barre, elle s'est écriée : "Qu'il arrête de se cacher derrière le sadomasochisme", qualifiant les actes de "violences pures et dures". Les enquêteurs ont constaté qu'aucun mot de sécurité n'avait été mis en place, ce qui aurait permis d'arrêter les rapports à tout moment. L'avocate générale Malinka Eymond a souligné que "la relation sadomasochiste n'en avait que le nom, ces pratiques sont censées être encadrées, or la plaignante ne pouvait jamais dire stop".
Une emprise totale et des séquelles durables
Laëtitia R. souffre aujourd'hui d'un handicap évalué entre 50 et 80 %. Elle a exigé la publicité des débats, s'inspirant de l'exemple de Gisèle Pélicot, devenue un symbole international de la lutte contre les violences sexuelles. Un collectif féministe s'est mobilisé chaque jour devant le tribunal avec des pancartes "Libres et fortes".
La victime a confié qu'elle "vivait dans la peur permanente" pour sa sécurité et celle de ses enfants, terrorisée par d'éventuelles représailles et par le chantage à la diffusion de vidéos intimes. La relation, débutée en 2015 sous couvert de jeux sexuels, a rapidement basculé dans un mécanisme d'emprise et de domination absolue. C'est en juin 2022 que Laëtitia R. s'est confiée à une amie, qui a alerté la police, conduisant à l'arrestation de Guillaume B.
Ancienne préparatrice en pharmacie, elle subit aujourd'hui des traumatismes physiques et psychologiques qui la rendent incapable de mener une vie quotidienne normale. Le verdict de la cour d'assises de Digne-les-Bains met fin à un procès éprouvant, marqué par le courage de la victime et la mobilisation de la société civile.



