Procès des CRS de Chalon-sur-Saône : des regrets mais pas d'excuses pour les violences de 2018
CRS jugés pour violences en 2018 : regrets mais pas d'excuses

Procès des CRS de Chalon-sur-Saône : des regrets mais pas d'excuses pour les violences de 2018

Des regrets, oui. Mais des excuses, non. Les neuf policiers de la CRS 43, basée à Chalon-sur-Saône, jugés à Paris pour avoir matraqué des manifestants dans un Burger King pendant l'acte 3 des « gilets jaunes » en décembre 2018, ont soutenu mardi n'avoir fait que leur travail. Face à des victimes encore profondément traumatisées, sept ans après les faits, leur défense reste ferme.

Des violences volontaires avec circonstances aggravantes

Depuis lundi, ces neuf membres des forces de l'ordre comparaissent pour violences volontaires avec plusieurs circonstances aggravantes. La justice leur reproche d'avoir, le 1er décembre 2018, troisième samedi de manifestations des « gilets jaunes », matraqué et frappé à coups de pied des manifestants qui s'étaient réfugiés dans un Burger King près de la place de l'Étoile. Ces personnes cherchaient à reprendre leur souffle alors que l'air était saturé de gaz lacrymogènes. Les policiers sont accusés d'avoir agi sans sommation et sans laisser le temps d'évacuer, alors que les manifestants n'opposaient aucune résistance.

« Il faut que cette violence gratuite, elle soit reconnue », exhorte Manon Retourné, l'une des parties civiles, à la barre. Cette jeune mère de famille s'était rendue à Paris avec son compagnon, Maxime Meilhac, pour manifester pour la première fois de sa vie, excédée par la hausse des prix. Après une marche pacifique de plusieurs heures, le couple se retrouve sur la place de l'Étoile en fin d'après-midi, cherchant une bouche de métro pour rejoindre la gare Saint-Lazare. Mais la situation devient tendue, les forces de l'ordre repoussent les protestataires, et l'air devient irrespirable.

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Un récit poignant du chaos

« On était dans un nuage, on ne respirait plus », raconte Manon Retourné. « Je suis à tâtons, je ne vois rien ». Près du Burger King, éclairé, elle entend une voix qui dit « venez par là », et suit la foule avec son compagnon. Natan Arthaud, un autre manifestant, entend le même appel. « On rentre dans le Burger King, on reprend notre souffle, il y en a qui vomissent, qui crachent, c'est un moment de chaos affreux, on est contents d'être entrés à l'intérieur », se remémore-t-il.

Mais quelques minutes plus tard, les CRS entrent dans le fast-food. « Je lève les bras en l'air pour montrer qu'ils n'ont rien à craindre, je me fais pousser. Ce qui me manque, c'est un pas, je suis à un pas de pouvoir sortir », relate Natan, la voix brisée par l'émotion. Il tombe par terre et reçoit au total 27 coups de matraque de la part de différents policiers.

De son côté, le couple est coincé dans un coin du restaurant. Voyant les policiers approcher, Maxime recouvre sa compagne pour la protéger. « À travers Max, je ressens les coups… lui qui crie 'on n'a rien fait' et eux qui tapent, qui tapent », se souvient Manon. Maxime finit le visage en sang, et Manon découvre le lendemain que son bras est couvert d'un énorme hématome. Son nerf est touché, et elle souffre toujours des séquelles de cet événement. « Ça la traumatise toujours, sept ans après », témoigne Maxime devant le tribunal.

Des victimes toujours en souffrance

« Au quotidien, je me mets à trembler dès que je croise un policier en uniforme », confie Natan Arthaud. « Je pensais que le temps résoudrait la chose, que la justice résoudrait la chose, mais de fait il s'est passé sept ans, et le temps n'a pas suffi », constate le jeune homme, qui espérait entendre « des excuses » pendant le procès.

En vain. Interrogé dans la matinée, Raphaël A., l'un des prévenus qui avait asséné plusieurs coups de matraque à Natan, a douché ses espoirs. « Des regrets, on en a. Des excuses je n'en ferai pas », a-t-il déclaré devant le tribunal. « Je ne vais pas m'excuser d'avoir fait mon travail, on m'a demandé de sortir des gens ».

Le procès se poursuit jeudi, avec notamment les plaidoiries des avocats et les réquisitions du parquet, laissant les victimes dans l'attente d'une reconnaissance officielle de leur souffrance.

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