La ministre dénonce l'injonction à choisir un camp
Pour Aurore Bergé, le seul « camp », c’est celui de la justice. Interrogée jeudi matin sur RTL à propos des enquêtes pour viols qui visent le chanteur Patrick Bruel, la ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes a dénoncé ceux qui « disqualifient les victimes » mais aussi ceux qui « piétinent la présomption d’innocence ».
« À la fois on est dans l’injonction de choisir un camp, comme s’il y avait un autre camp que celui de la justice et du temps judiciaire, on met en accusation immédiatement la parole des victimes, on les disqualifie considérant que, par principe, elles mentiraient, et dans le même moment on piétine la présomption d’innocence », a-t-elle déclaré.
Patrick Bruel visé par plusieurs enquêtes
Patrick Bruel est visé par quatre enquêtes pour viols en France et une enquête judiciaire en Belgique pour agression sexuelle. Pour la ministre, « il y a des accusations qui sont portées contre lui, il y a des plaintes qui ont été déposées, il y a une information judiciaire qui est ouverte, mais il n’y a pas de condamnation ». « C’est une erreur de nous obliger de choisir un camp », a-t-elle encore dit, car le « risque », selon elle, c’est notamment d’empêcher d’autres victimes de témoigner et d’entraver le processus judiciaire.
« Ce qui me surprend et m’interpelle, plus de dix ans après MeToo, c’est qu’on est toujours dans la même incapacité à énoncer ces principes et à tenir sur ces principes », a déploré la ministre. « C’est sidérant qu’on n’ait toujours pas appris à traiter politiquement, médiatiquement et humainement ces affaires », a-t-elle renchéri.
Une décision qui appartient au chanteur
À moins d’un mois du début de sa prochaine tournée, Patrick Bruel doit-il renoncer à monter sur scène, comme l’ont appelé certains élus ? « C’est une décision qui lui appartient, à lui, et qui ne m’appartient pas, à moi, ni à vous. C’est lui qui doit décider s’il souhaite continuer à être sur scène », a répondu la ministre.
Mercredi, les maires de Paris, Marseille ou encore Brest ont invité le chanteur de 67 ans à renoncer à se produire dans leurs villes. Au Canada, trois dates de concerts prévues en décembre ont été annulées mardi par l’agence d’événementiel Gestev. « Si j’appelle solennellement Patrick Bruel à annuler ces concerts, vous imaginez bien l’interprétation immédiate qui en sera faite : il n’y a plus de présomption d’innocence », a expliqué Aurore Bergé.
Assurant comprendre « l’émoi » que suscite cette affaire et « celles et ceux qui considèrent que c’est inapproprié » de se rendre aux représentations de Patrick Bruel, Aurore Bergé a estimé que c’est « une liberté individuelle d’y aller ou pas » mais « ça ne devrait pas être un acte militant ».
Interrogée par ailleurs sur l’avocat du chanteur, la ministre a estimé qu’il va « trop loin » et qu’il a employé « des arguments fallacieux sur l’âge » du comédien.



