Des documents d’enquête inédits, recueillis par nos confrères du Monde, retracent avec précision la chronologie des faits criminels qui ont mené aux meurtres des « disparues de l’Aveyron ». Audrey Cavalié et Angela Legobien-Cadillac, l’ex-compagne et la partenaire actuelle du principal suspect Cédric Prizzon, avaient respectivement 40 et 26 ans. On en sait plus sur le déroulé des faits qui ont mené au double féminicide présumé d’Audrey Cavalié et Angela Legobien-Cadillac, les « disparues de l’Aveyron », et à l’interpellation de Cédric Prizzon en mars dernier.
Un plan froidement élaboré
Nos confrères du Monde ont eu accès au jugement de la cour d’appel portugaise de Coimbra, en date du 29 avril, qui justifie notamment le refus d’exécuter le mandat d’arrêt émis par la France à l’encontre du principal suspect. Mais on apprend également beaucoup sur l’expédition criminelle de l’ancien policier de 42 ans. La justice portugaise décrit un homme qui a agi « dans la poursuite d’un plan qu’il avait élaboré avec sang froid ».
Les premières violences
Selon les faits décrits par la cour d’appel, tout commence le 19 mars : Cédric Prizzon se rend chez Audrey Cavalié, son ancienne compagne âgée de 40 ans à Vailhourles, dans l’Aveyron, pour la maîtriser violemment en la blessant au front, et en utilisant du ruban adhésif pour attacher ses mains et obstruer sa bouche. Un document français consulté par nos confrères confirme une probable scène de « violences sanglantes » chez Audrey Cavalié avant son enlèvement. Des traces de sang ont été retrouvées sur la baignoire, le mur de la salle de bains et au-dessus du porte-serviette. L’expert décrit en outre une « altération des traces » pouvant correspondre à un nettoyage de la scène.
Il l’entraîne dans sa voiture avec leur fils de 12 ans, puis change de voiture avant de retrouver sa compagne actuelle, Angela Legobien-Cadillac, âgée de 26 ans, ainsi que leur fille de 18 mois, près de Lourdes. Ils se dirigent tous vers la frontière espagnole, sa compagne actuelle et leur fille dans une fourgonnette, et lui dans une troisième voiture, avec son ex-femme et son fils à l’intérieur.
Le dénouement tragique
Une fois le convoi réuni dans la même voiture après la frontière espagnole, des « disputes » éclatent entre Cédric Prizzon et Angela Legobien-Cadillac, « mécontente » de la présence de son ex. Le 22 mars, la dispute reprend hors de la voiture, et l’ancien policier tue sa compagne de 26 ans, avant de se diriger vers l’arrière de la voiture, d’en extirper Audrey Cavalié et de la tuer également devant son fils, lui indiquant au passage qu’il n’avait « pas le choix ».
Cédric Prizzon cache ensuite les corps des deux femmes à l’arrière du véhicule, et s’arrête acheter une pelle dans un magasin agricole. Il décide finalement de s’arrêter, dans la nuit du 22 au 23 mars, sur une route en terre du nord-est du Portugal, afin de creuser un trou pour cacher les corps des deux victimes. Son fils est chargé de faire le guet.
L'arrestation et les suites judiciaires
Il faut finalement attendre le 24 mars en milieu d’après-midi pour que l’ancien policier soit arrêté en compagnie de ses deux enfants, une centaine de kilomètres plus au sud, sur la route de Mêda. Il présente de faux papiers aux gendarmes, qui découvrent dans sa voiture un fusil à pompe, des plaques d’immatriculation françaises et étrangères et 17 000 euros en petites coupures. La cour d’appel estime qu’il « se dirigeait vers l’Afrique du Nord ». Le 26 mars, Cédric Prizzon est présenté à un juge portugais. Il est mis en cause pour homicide aggravé, profanation de cadavre, violence domestique, possession illégale d’arme et falsification de documents.
Les familles réclament un procès en France
Si pour l’heure, Cédric Prizzon est en détention provisoire au Portugal, car les crimes présumés ont été commis « entièrement ou en partie sur le territoire national », comme le souligne la cour d’appel de Coimbra, une enquête a également été ouverte à Montpellier pour enlèvement, séquestration et meurtres aggravés. Les avocats des familles de victimes plaident pour que l’enquête soit entièrement rapatriée en France, où l’enlèvement violent et la séquestration ont eu lieu.
« Nous avons deux victimes françaises et un auteur des faits français. J’espère que le bon sens juridique va l’emporter pour ne pas ajouter de la souffrance à de la souffrance », a ainsi indiqué Fabien Arakelian, conseil de la famille d’Audrey Cavalié. Elsa Cazor, avocate de la mère d’Angela Legobien Cadillac, met en avant les « antécédents de violence en France » du principal suspect. « La justice française le connaît et c’est à la lumière de tout ce que l’on sait de lui ici qu’il faut le juger », estime-t-elle.



