L'affaire 'sœur Mathilde' à Besse : conflit religieux ou politique ?
Affaire 'sœur Mathilde' : religieux ou politique ?

Le cas de l’autoproclamée « sœur Mathilde » à Besse-sur-Issole soulève une question : s’agit-il d’un problème religieux ou politique ? Le conflit qui oppose Mathilde Rocoffort de Vinnière au diocèse sur son statut de « sœur » a fini par contaminer le village, avec en point d’orgue une soirée électorale tendue. Que va-t-il se passer maintenant ?

Arrivée et remise en cause du statut

En 2020, « sœur Mathilde » est arrivée à Besse-sur-Issole avec une mission officielle de l’Église catholique. En 2026, Mathilde Rocoffort de Vinnière, toujours à Besse après un départ avorté à Gonfaron, n’est plus « sœur » aux yeux de l’Église, mais garde l’habit et revendique son statut. Ce conflit aurait pu rester confiné aux seules sphères religieuses, mais il a fini par mêler foi et politique dans un village de 3 125 âmes, plus divisées que jamais.

Lundi, dans nos colonnes, nous évoquions le parcours de « sœur Mathilde », depuis son arrivée jusqu’à cette fameuse année 2025, au cours de laquelle son statut de religieuse a été remis en cause. Soutenue par le Comité d’intérêt local (CIL), qui lui fournit un cadre associatif pour continuer à mener des actions charitables dans la commune, Mathilde Rocoffort crispe déjà une partie des fidèles.

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Une œuvre dite « laïque »

Sœur ou pas sœur, telle est la question. Est-ce vraiment important, dans la mesure où les actions menées dans le cadre du CIL sont vertueuses, et qu’aujourd’hui, Mathilde Rocoffort ne participe plus à la vie de la paroisse ? Des activités pour les jeunes sont proposées, mais aussi pour les publics en difficultés. « J’essaie d’œuvrer dans l’intérêt du village, en paix, de manière laïque », souligne Mathilde. On pourrait tiquer sur le caractère « laïc », terme aussi revendiqué par le CIL, qui s’appuie sur une bénévole un peu particulière en cela qu’elle revêt un habit ne laissant que peu de place au doute quant à ses convictions spirituelles. Mais passons.

D’ailleurs, François Paz, président de l’association, estime que « l’Église oppose un droit canon incompréhensible, mais nous n’y accordons pas d’importance. Ce qui compte, ce sont les actions bénéfiques de sœur Mathilde ». Fin de l’histoire ? Pas du tout, car ce débat a fini par déteindre sur la problématique politique.

Vote serré, tensions ravivées

Le 22 mars dernier, Paul Bruletti remporte les élections municipales. L’ancien adjoint devance le maire sortant, Éric Collin, de six voix. Sans surprise, le scrutin est contesté. Dans le dossier monté par le contestataire, un point concerne directement « sœur Mathilde ». « Lors de la campagne, mon opposant s’est emparé du sujet, et en a fait un axe de campagne », juge Éric Collin. Pas assez pour justifier un recours, mais c’est la suite qui met l’ancien maire en rogne : « Elle a fait la campagne pour Paul Bruletti. Le jour du vote, elle appelait à voter pour lui, croit savoir, attestations d’électeurs à l’appui. Soit elle est sœur et elle ne doit pas se prononcer sur le scrutin, soit elle ne l’est pas et elle usurpe l’identité d’une sœur, avec l’influence que cela peut provoquer sur les électeurs. »

Si la relation entre Éric Collin et « sœur Mathilde » avait bien débuté, les choses se sont gâtées au fil des années. « Elle a eu un impact indéniable, notamment quand elle faisait le catéchisme. Mais ensuite, elle a commencé à demander beaucoup de choses… » Évidemment, la version est contestée, notamment par François Paz : « Elle avait de bons rapports avec le maire sortant, c’est injuste de lui faire porter la responsabilité de sa défaite. » Pourtant, c’est bien ce qu’Éric Collin suggère : « On aurait voulu une clarification de son statut avant le scrutin, afin de sortir ce sujet de la campagne, et apaiser la situation. Le mal a été fait. »

En point d’orgue de ce climat de tension, un soir de second tour au cours duquel « sœur Mathilde » dit avoir été « agressée verbalement et physiquement ». « Elle s’est fait houspiller », minimise Éric Collin.

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Difficile retour de l’apaisement

Paul Bruletti, désormais maire, se retrouve à la tête d’un village scindé en deux. Car le communiqué du diocèse, tombé après les élections, a provoqué une vague de commentaires mettant en lumière les divisions entre les pros et antis « sœur Mathilde ». « Pendant la campagne, mon adversaire et moi n’avons rien montré de bien intelligent », concède-t-il. Reste qu’aujourd’hui, il faut gérer le résultat. Et ce n’est pas simple. « On ne peut pas continuer comme ça. Le communiqué de Monseigneur Touvet a relancé la polémique, c’est dommage. »

Le maire reste droit dans ses bottes : « Mathilde va garder son logement. Quand on voit ce qu’elle apporte au village, pour nos jeunes, nos anciens, les gens qui souffrent… Je ne comprends pas cet acharnement. » La suite ? « L’amour vaincra sur la haine », tente « sœur Mathilde », qui continue de revendiquer son statut, notamment via une plainte en diffamation qui a conduit à la convocation de l’ancien maire ainsi que de deux prêtres, dont le père Geoffroy Bonfils, curé de Besse. Celui-ci espère toutefois un retour au calme : « Un clivage s’est créé, c’est dommageable pour tout le village. Il faut un retour à l’apaisement, d’autant que l’Église ne nie pas l’implication de celle que certains appellent “sœur Mathilde” au village. Mais ça ne peut se faire que sur un principe de vérité. » À savoir, pour le diocèse, que « sœur Mathilde » « ne s’exprime pas au nom de l’Église ».

Au final, chacun pourrait désormais faire un pas vers l’autre. Et peut-être s’accorder sur cette phrase : « La vraie richesse d’un homme en ce monde se mesure au bien qu’il a fait autour de lui. » Certes, ce n’est pas de Jésus. Mais Mahomet était quand même un prophète, non ?