La cour de révision de la Cour de cassation a rejeté, ce jeudi 2 juillet 2026, la septième requête en révision de Gabriel Thiennot, 94 ans, condamné en 1952 avec son ami Raymond Mis pour le meurtre d'un garde-chasse. Cette décision marque un tournant dans cette affaire emblématique, vieille de 74 ans, et pourrait signer la fin du combat judiciaire des deux hommes, qui n'ont cessé de clamer leur innocence.
Les faits et la condamnation
En 1946, le garde-chasse Louis Boistard est retrouvé mort dans la forêt de la Brenne, dans l'Indre. Raymond Mis et Gabriel Thiennot, deux ouvriers agricoles, sont accusés de l'avoir tué. Après un procès marqué par des aveux arrachés selon eux sous la torture, ils sont condamnés aux travaux forcés à perpétuité en 1952. Ils bénéficient d'une libération conditionnelle en 1962, après dix ans de détention.
Depuis, les deux hommes, rejoints par leurs familles, ont multiplié les recours pour obtenir la révision de leur procès. Six requêtes ont déjà été rejetées entre 1978 et 2015. La septième, déposée en 2022, s'appuyait sur de nouveaux éléments, notamment des témoignages et des analyses balistiques remettant en cause la thèse de l'accusation.
La décision de la cour
Dans son arrêt, la cour de révision estime que les éléments présentés ne constituent pas des faits nouveaux de nature à faire naître un doute sur la culpabilité des condamnés. La cour précise que « les pièces produites, examinées isolément ou globalement, ne sont pas de nature à établir que les condamnés n'ont pas commis le crime ».
L'avocat de Gabriel Thiennot, Me François Roux, a exprimé sa déception : « C'est une décision injuste qui ne tient pas compte des progrès de la science et des témoignages accablants pour l'accusation. Mon client est âgé et malade ; cette décision met fin à son espoir de voir son nom lavé. »
Les réactions
La famille Thiennot a annoncé qu'elle ne ferait pas de nouvelle demande de révision, estimant que « la justice a dit son dernier mot ». Raymond Mis est décédé en 2019 à l'âge de 92 ans, sans avoir obtenu la réhabilitation. Gabriel Thiennot, quant à lui, vit aujourd'hui dans une maison de retraite de l'Indre.
Cette affaire a suscité un vaste mouvement de soutien, avec des comités de défense et des pétitions. Plusieurs personnalités politiques, dont l'ancienne garde des Sceaux Christiane Taubira, s'étaient prononcées en faveur d'une révision. Le 2 juillet 2026, le rejet de la requête a été accueilli avec tristesse par les soutiens, qui dénoncent une « obstination judiciaire ».
Les enjeux juridiques
La procédure de révision est exceptionnelle en droit français. Elle nécessite la découverte d'un fait nouveau de nature à innocenter le condamné. Dans cette affaire, les avocats avaient produit une analyse balistique datant de 2010, qui suggérait que le coup mortel n'avait pas pu être tiré par les accusés. La cour a estimé que cette analyse n'était pas suffisamment probante.
Selon le professeur de droit pénal Jean-Pierre Marguénaud, « la Cour de cassation applique une jurisprudence très stricte en matière de révision. Il faut des éléments quasi irréfutables pour rouvrir un dossier. Dans l'affaire Mis et Thiennot, les doutes persistent, mais ils ne sont pas considérés comme des preuves suffisantes. »
Un combat de 74 ans
L'affaire Mis et Thiennot est devenue un symbole des erreurs judiciaires et des combats pour la vérité. Elle a inspiré des livres, des documentaires et une chanson de Renaud. Le rejet de la septième requête pourrait signer la fin de cette longue bataille judiciaire, mais les familles espèrent encore que l'histoire retiendra leur innocence.



