Le parcours chaotique de Cédric Jubillar, accusé dans l'affaire de la disparition de Delphine
Alors que s'ouvre le procès très attendu de Cédric Jubillar, accusé du meurtre de son épouse Delphine disparue en décembre 2020, Midi Libre retrace en huit épisodes les contours de cette affaire judiciaire hors normes. Au centre des débats : la personnalité déconcertante de l'accusé, qui clame son innocence tout en multipliant les déclarations ambiguës et provocatrices.
Un procès sous haute tension à Albi
Le procès de Cédric Jubillar, âgé de 38 ans, se déroule du 22 septembre au 17 octobre devant la cour d'assises du Tarn à Albi. L'homme risque la réclusion criminelle à perpétuité pour « meurtre sur conjoint ». Delphine Jubillar, infirmière de 33 ans, a disparu dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020 de son domicile de Cagnac-les-Mines. Son corps n'a jamais été retrouvé, ce qui complique singulièrement l'enquête.
Depuis sa mise en examen le 18 juin 2021, Cédric Jubillar affirme son innocence totale. Pourtant, quelques jours avant la disparition, il aurait confié à sa mère : « Je te jure, maman, je vais la tuer, je vais l'enterrer et personne pourra la retrouver ». Des propos troublants qui résonnent étrangement avec les événements ultérieurs.
Une jeunesse marquée par l'instabilité
La personnalité de Cédric Jubillar s'est forgée dans une enfance difficile. Né le 14 septembre 1987 à Béziers d'une mère âgée de seulement 16 ans, il connaît très tôt la séparation familiale. Son père, alors au service militaire, ne reviendra que treize ans plus tard pour une brève rencontre avant de disparaître à nouveau.
Le parcours du jeune Cédric est alors chaotique :
- Placement en famille d'accueil puis en foyer dans l'Aude jusqu'à ses sept ans
- Retour auprès de sa mère Nadine, mais dans un environnement familial orageux
- À 11 ans, il aurait subi des attouchements sexuels de la part du compagnon de sa grand-mère
- De 13 à 16 ans, nouveau placement en foyer dans le Tarn
Les juges d'instruction ont noté dans leur dossier « multiples séparations et reprises de vie commune, puis dénonciations de violences commises par le beau-père, d'une crise conjugale et d'une dégradation de son comportement et de sa scolarité ».
Un adolescent à problèmes mais sans casier judiciaire
Malgré les difficultés, Cédric Jubillar présente un paradoxe intéressant. Les éducateurs du Tarn notent qu'il est « en grande difficulté pour respecter le cadre éducatif et légal », qu'il fume beaucoup de cannabis et qu'il est décrit comme « provoquant » dès son plus jeune âge.
Pourtant, contrairement à beaucoup d'adolescents au parcours similaire, il ne sombre pas dans la délinquance. Son casier judiciaire reste vierge de toute mention d'acte violent. L'aide sociale à l'enfance souligne même qu'il possède des capacités intellectuelles qu'il n'exploite pas pleinement.
Des déclarations troublantes après la disparition
C'est après la disparition de Delphine que le comportement de Cédric Jubillar devient particulièrement intrigant. Les juges ont relevé tout au long de l'enquête un florilège de propos décalés :
- Dès le matin de la disparition, il déclare à une gendarme : « Mais qu'est-ce que je vais faire maintenant qu'elle n'est plus là », alors que personne ne sait encore ce qu'est devenue son épouse.
- Lors d'une battue organisée par les amies de Delphine, il menace un journaliste : « Toi, tu vas finir étouffé comme l'autre, tu verras ce que ça fait ».
- Le 16 mai 2021, un mois avant son arrestation, il confie à un ami en rigolant : « Oublie pas, de toi à moi, je suis le meurtrier parfait pour l'instant, j'ai commis le crime parfait ».
Une attitude déconcertante face à la notoriété
Ce qui frappe également dans le comportement de Cédric Jubillar, c'est son attitude face à la médiatisation de l'affaire. Il semble plus grisé par la célébrité que préoccupé par le drame qui le frappe :
- Il se vante d'avoir demandé 500 000 € à Paris Match pour une interview
- Il envisage de déposer un brevet sur son nom
- Il se présente comme « l'homme le plus connu du Tarn »
- En prison, ses codétenus rapportent qu'il se prend pour une star et réveille tout le monde quand il passe à la télévision
Dans un message à Séverine, une compagne rencontrée rapidement après la disparition de Delphine, il écrit même : « Alors ici on m'a dit que si quelqu'un pouvait peut-être nous aider c'est Cyril Hanouna ça pourrait être une solution même si on le trouve tous les deux nul, voire idiot ».
Un profil psychologique complexe
Les experts psychiatres et psychologues mandatés pour analyser Cédric Jubillar dressent un portrait troublant. L'expert psychiatre note qu'il se présente « de façon arrogante, égocentrique et très sûr de lui », avec « une haute opinion de lui-même » et « ayant toujours réponse aux questions posées, avec beaucoup d'aplomb ».
Le médecin souligne également « un ego surdimensionné, un sentiment parfois de toute puissance et une certaine psychorigidité » qu'il attribue à l'amour inconditionnel de sa mère. Plus inquiétant encore, l'expert relève « aucun sentiment de culpabilité » et un individu « peu déstabilisable ».
L'expert psychologue emploie des termes similaires, notant que Cédric Jubillar se montre « très peu voire pas du tout déstabilisé ni destabilisable ».
Un procès qui s'annonce complexe
Pendant quatre semaines, la cour d'assises du Tarn va devoir démêler les fils de cette affaire particulièrement complexe. Sans corps, sans témoin direct et avec peu d'indices matériels, les déclarations de Cédric Jubillar et son profil psychologique prendront une importance capitale dans le débat judiciaire.
Le comportement provocateur de l'accusé, ses déclarations ambiguës et son attitude face à la notoriété constitueront autant d'éléments que les jurés devront analyser avec attention. Dans cette affaire où les certitudes sont rares, la personnalité même de Cédric Jubillar devient un enjeu central du procès.



