« Ma cliente est soulagée, c’est très important pour elle. » Pour Ophélie Fajfer, la décision du parquet de Nanterre résonne comme une première victoire après des années de combat dans l’ombre. Sa première plainte pour viol visant Patrick Bruel avait été classée sans suite le 15 novembre 2022. Dans un communiqué publié ce lundi, le parquet de Nanterre annonce avoir relancé les investigations. Son avocate, Me Myriam Guedj Benayoun, ne cache pas la portée de cette réouverture d’enquête. « Je n’ai pas fait de constitution de partie civile, je n’ai pas forcé le passage », tient toutefois à préciser la pénaliste toulousaine, soulignant que cette reprise des investigations émane d’une décision directe du ministère public.
« Elle avait 19 ans, il en avait presque 40 de plus »
Tout commence en 2015, sur le plateau d’un clip vidéo des Enfoirés auquel participe la jeune femme, musicienne passionnée. Dans la foulée, elle tente sa chance et écrit aux stars croisées ce jour-là pour solliciter des conseils. Patrick Bruel lui répond. Ils échangent alors des messages. « Ils vont entretenir une correspondance tout à fait professionnelle de mars à août 2015 », poursuit la pénaliste.
L’été venu, le hasard des vacances les place sur le même lieu de villégiature, dans le sud-est de la France. Une première rencontre s’organise dans un restaurant, l’ambiance est cordiale. Ophélie Fajfer et Patrick Bruel se revoient une seconde fois, cette fois dans la propriété de l’interprète de Casser la voix. « Malheureusement, ça va mal tourner », résume l’avocate. Derrière les portes de la demeure, la jeune femme dit avoir vécu l’impensable. « Elle lui reproche des faits d’agression sexuelle et de viol. Ce qu’elle a vécu a anéanti sa vie, il faut en être conscient », insiste Me Guedj Benayoun.
À l’époque, le fossé entre eux deux est immense. « Elle avait 19 ans, il en avait presque 40 de plus. Elle était très naïve, elle était à 10.000 lieues de penser que cela pouvait arriver. »
« C’est une miraculée »
Le traumatisme est d’autant plus profond que la jeune femme était guidée par une foi profonde. « Elle est chrétienne et très croyante. Elle n’avait jamais eu de relation intime, pas même un baiser. Elle souhaitait garder sa virginité pour son mari », confie son avocate. Face à l’agression dénoncée, le mécanisme classique de la culpabilité s’enclenche : « Comme toutes les victimes, elle se sent très coupable, responsable. »
Lorsque le parquet décide de classer l’affaire fin 2022, le choc est trop lourd à encaisser. « Quand il y a eu le classement sans suite, elle s’est effondrée psychiquement au point de tenter de mettre fin à ses jours dans une église », révèle son conseil.
Aujourd’hui, Ophélie Fajfer appréhende cette nouvelle phase d’investigations avec courage, portée par ses convictions. « C’est une miraculée, appuie Me Myriam Guedj Benayoun. Elle se dit que si elle a survécu, c’est qu’il y a une raison. Elle est persuadée que son devoir, c’est de porter sa parole. » Face aux enquêteurs qui vont reprendre le dossier, la plaignante affiche une position claire : « Elle est droite dans ses bottes. Elle sait ce qu’elle a vécu. Elle est déterminée et maintenant, c’est à la justice de faire son travail. »
« Le récit de Patrick Bruel est clair et n’a pas varié »
Contactés par 20 Minutes, les conseils du chanteur, Mes Céline Lasek et Christophe Ingrain, rappellent que ces accusations ont déjà fait l’objet de vérifications approfondies. « La justice s’est prononcée sur ces allégations après une enquête complète, au cours de laquelle Patrick Bruel a été entendu et confronté », soulignent les deux avocats.
Pour la défense de l’artiste, cette première décision est suffisante. « À l’issue de ces investigations, la justice a décidé un classement sans suite de cette plainte. C’est la conclusion des enquêteurs et des magistrats sur ce sujet. Elle est claire. » Mes Lasek et Ingrain précisent que « les magistrats ont pris cette décision après l’examen des déclarations précises de Patrick Bruel sur le déroulement des quelques heures en cause », assurant que « le récit de Patrick Bruel est clair et n’a pas varié depuis l’enquête. »
Trois autres enquêtes pour viols
Cette réouverture d’enquête s’ajoute à un contexte judiciaire déjà très lourd pour l’artiste. Le parquet de Nanterre annonce, par ailleurs, ce lundi qu’une plainte avec constitution de partie civile a été déposée le 12 mai auprès d’un juge d’instruction. Portée par deux femmes, elle relance une vaste procédure classée sans suite en 2020 qui centralisait alors sept témoignages pour viols ou agressions sexuelles commis entre 2000 et 2019, notamment lors de massages en marge de concerts.
Enfin, le parquet de Paris s’est dessaisi au profit de celui de Nanterre de trois autres enquêtes visant le chanteur. Ces procédures concernent des accusations de viols qui auraient été commis en 1997, 2000 et 2008. Tout comme le dossier d’Ophélie, elles sont confiées aux policiers du 1er district de police judiciaire (DPJ) de Paris.



