Vingt ans de prison requis pour une course-poursuite mortelle à Grenoble
Vingt ans de prison ont été requis lundi à l’encontre de l’auteur d’une folle course-poursuite en plein Grenoble en octobre 2022, qui avait coûté la vie à sa petite amie, tuée par un tir de policier. Ouadia Kaouass, un Marocain de 34 ans au lourd passé judiciaire, est jugé depuis une semaine pour tentative de meurtre sur personne dépositaire de l’autorité publique pour avoir forcé plusieurs barrages en voiture, manquant de peu de renverser un policier, « intentionnellement », a estimé l’avocat général Etienne Manteaux au dernier jour du procès devant la cour d’assises de l’Isère.
Un délinquant dans « la toute-puissance absolue »
Armé, l’accusé avait également fait feu à plusieurs reprises lors de sa fuite, des « tirs de sommation », qui ne visaient pas les fonctionnaires, a-t-il affirmé au cours du procès. Ignorant qu’une passagère se trouvait à bord, les policiers avaient à leur tour ouvert le feu, l’atteignant au cou alors que le conducteur, arrivé dans un cul-de-sac, forçait le passage en voiture. Il s’agit de faits « assez sidérants, une inversion totale des règles de vie en société », a souligné l’avocat général. L’accusé, un « délinquant chevronné », déjà condamné en 2012 pour des tirs sur des policiers près d’Avignon est « dans la toute-puissance absolue », estime-t-il.
78 ans de prison en dix minutes de fuite ?
Ouadia Kaouass, lorsqu’il force le barrage, « avait la place de passer sans mettre en danger les policiers. Il a pris intentionnellement cette trajectoire », a poursuivi Etienne Manteaux, soulignant que le policier le plus exposé n’a dû la vie qu’à son réflexe de se plaquer de côté. Quant aux neuf autres délits qui lui sont également reprochés au cours des dix minutes de fuite, tous en état de récidive, ils pourraient, si les peines étaient cumulées, lui valoir 78 ans de prison, un « cumul ahurissant », a-t-il relevé.
L’accusé reconnaît sa responsabilité
Alors que Ouadia Kaouass encourt légalement la réclusion à perpétuité pour la tentative de meurtre, l’avocat général a appelé les jurés à tenir compte de son évolution au cours du procès, l’accusé ayant reconnu vendredi sa responsabilité dans la mort de la jeune femme. Il a requis une peine de vingt ans d’emprisonnement. Pour l’avocat de la défense, Me Ronald Gallo, une telle peine apparaît « démesurée et disproportionnée » étant donné que « Ouadia Kaouass n’a pas de sang sur les mains ». Le véritable objet du procès est selon lui d'« exonérer les policiers de toute faute professionnelle lorsqu’ils tirent » et de préserver « l’honneur de la police », a-t-il accusé.
Une quinzaine de policiers se sont portés partie civile dans le procès. Plusieurs d’entre eux se sont succédé à la barre ces derniers jours, témoignant d’une intervention qui les a « marqués à vie », selon les termes de l’une d’entre eux. Le décès de la passagère avait fait l’objet d’une procédure de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), qui avait été classée par le parquet. Une autre information judiciaire est toujours en cours, dans laquelle les policiers sont sous statut de témoin assisté.



