Les experts s’accordent aujourd’hui à dénoncer la nocivité de la surexposition aux écrans, et en mars, l’Assemblée a voté l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de quinze ans. Pourtant, on apprend, par la cellule investigation de Radio France, qu’une stratégie nationale esport en milieu scolaire a été actée le 8 avril, à l’issue d’une concertation ministérielle.
Des entraînements aux compétitions de jeux vidéo en ligne seront mis en œuvre dans les écoles, dès la rentrée 2026. Si le ministère relativise la portée du dispositif qui ne concernerait qu’un nombre réduit d’élèves, une pétition a été lancée par le collectif Cose qui lutte contre les addictions aux écrans pour demander le retrait de ce projet. Il y voit une proposition « en décalage total avec le rôle de l’école ».
Pour les compétiteurs de haut niveau ?
Sollicité par 20 Minutes, le ministère de l’Éducation précise qu’il ne s’agit pas « d’une intégration de l’esport aux parcours scolaires de l’ensemble des élèves, mais d’un accompagnement ciblé de jeunes compétiteurs de haut niveau ». Il précise que le dispositif ne concernerait que quelques dizaines d’élèves.
« Comme pour les skieurs ou les hockeyeurs, il s’agit d’aménager leur emploi du temps pour leur permettre de suivre un cursus scolaire complet, sans manquer de cours, tout en portant les couleurs de la France dans les compétitions internationales », développe-t-il. Ce serait en somme une généralisation du dispositif Educ Esport mené dans l’académie de Versailles qui propose des ateliers en dehors du temps de cours, sur la base du volontariat.
Addiction aux écrans, sédentarité et décrochage
« On est sidérés de cette décision de stratégie nationale esport, prise sans concertation, réagit auprès de 20 Minutes Anne-Lise Ducanda, médecin du développement de l’enfant. On voit tous les jours des parents dépassés appeler au secours dans nos consultations. J’ai eu récemment l’exemple d’un enfant de neuf ans qui frappe sa mère la nuit pour qu’elle lui permette de jouer de nouveau aux jeux vidéo. »
Cette professionnelle, qui tient une consultation spécialisée sur l’exposition aux écrans près de Bordeaux, s’interroge sur le message passé aux familles « qui se battent pour limiter le temps de jeu vidéo de leurs enfants ». En s’apparentant à une « forme de validation d’en faire », elle redoute que cela ne complique encore « les échanges à l’intérieur de la famille ».
« Et les jeux vidéo ne sont pas une activité comme une autre, pointe le docteur Anne-Lise Ducanda. On sait que le modèle économique des entreprises du numérique, c’est la captation d’attention ». En consultation, elle retrouve des adolescents en décrochage scolaire parce qu’ils jouent une partie de la nuit. « Les enseignants nous alertent aussi énormément sur des enfants qui ne se concentrent plus », ajoute-t-elle.
Elle rappelle également que c’est une activité qui aggrave la sédentarité des enfants et des adolescents, qui selon le dernier rapport de l’ANSES passent en moyenne plus de 4h30 par jour devant les écrans et s’adonnent à une activité physique (pas sportive) de moins de 20 minutes par jour.
Un miroir aux alouettes ?
Le partenariat entre des entreprises privées et l’État pour ce parcours esport l’interpelle également. Si la filière semble porteuse économiquement (le chiffre d’affaires de l’e-sport en France était de 141 millions d’euros en 2023 selon France Info) et que la France compte quelques pépites dont Ubisoft, la médecin s’interroge : « combien de jeunes vont vivre du jeu vidéo ? » Elle fait le parallèle avec le football professionnel, qui fait rêver les enfants mais portent peu d’entre eux jusqu’à une carrière professionnelle.
Dans son rapport de gouvernance e-sport en date de mai 2024, le ministère de l’Éducation met en avant des exemples d’intégration de cours d’esport en Suède et au Danemark.
Et, l’Élysée a annoncé, ce mercredi 20 mai, que la France avait été choisie pour accueillir la Coupe du monde d’e-sport 2026 à Paris du 6 juillet au 23 août 2026. Le communiqué précise que ce sera « la première édition organisée hors d’Arabie saoudite depuis la création du championnat ».



