Jean-Pierre Casasoprana était de ceux qui se taisaient. Un pudique, avare en mots, « la petite main qui ne parle pas », se dépeint le Corse de 58 ans. La mort de son fils par suicide, le 14 mai 2025, a fracassé cette discrétion. Aujourd’hui, le père de famille donne de la voix, dans les médias, sur les réseaux sociaux, pour raconter l’histoire de Lisandru, qui s’est tiré une balle dans la tête, à 17 ans, dans sa chambre d’adolescent à Ajaccio (Corse-du-Sud), et, surtout, pour sensibiliser aux conséquences du harcèlement, aux dangers de la souffrance silencieuse. Entre son ex-compagne, mère de Lisandru, et lui, les vieilles rancœurs ont été balayées. Ensemble, ils ont créé une association, Ricordu pà Lisandru – Stella d’amori.
Lisandru mais aussi Camélia, Angèle, Sara, Lindsay, Lucas, Nicolas… Autant d’élèves qui ont mis fin à leurs jours, brutalement, après avoir répété être victime de harcèlement. Chaque année, près de 400 adolescents meurent par suicide en France. La tendance est à la baisse depuis une décennie, mais les idées noires et les tentatives ont, elles, nettement augmenté. Environ un lycéen sur dix déclarait en 2022 avoir déjà fait une tentative de suicide, selon une étude de Santé publique France. Le harcèlement et cyberharcèlement n’a lui cessé de s’aggraver et atteint des populations de plus en plus jeunes -37 % des 6-18 ans sont désormais touchés, rapporte l’association e-Enfance.
Comment se reconstruire quand l’irréparable a été commis ? Après le décès de leur enfant victime de harcèlement, certains créent des associations pour sensibiliser sur ce fléau. Un engagement qui agit comme une bouée de sauvetage. Béatrice Le Blay, dont le fils Nicolas est décédé en 2023, à 15 ans, copréside l'association Faire face au harcèlement. Elle témoigne : « Quand on perd un enfant, on a l'impression que tout s'effondre. Créer cette association m'a permis de donner un sens à cette tragédie, d'aider d'autres familles à ne pas vivre la même chose. »
Ces parents deviennent des militants infatigables. Ils interviennent dans les écoles, rencontrent les élus, interpellent le gouvernement. Leur objectif : briser le silence qui entoure le harcèlement scolaire et ses conséquences dramatiques. Ils réclament des mesures plus fortes, une meilleure formation des enseignants, et une prise en charge psychologique systématique des victimes. Le combat de Jean-Pierre Casasoprana et des autres parents endeuillés est une lueur dans l'obscurité, un espoir que la mort de leurs enfants ne soit pas vaine.



