Le nouveau congé de naissance, qui entre en vigueur ce mercredi 1er juillet, ambitionne de favoriser un partage plus équitable des responsabilités parentales durant les premiers mois de l'enfant. Il remplace le congé parental actuel, dont la précédente réforme de 2015 (dite « PreParE » pour prestation partagée d'éducation de l'enfant) n'avait pas atteint les objectifs d'égalité entre hommes et femmes.
Un dispositif mieux indemnisé mais critiqué
Ce nouveau congé s'ajoute aux congés maternité, paternité et d'adoption. Il permet de bénéficier d'un ou deux mois de congé, avec une indemnisation de 70 % du salaire net pour le premier mois, puis 60 % pour le second. Les parents peuvent le prendre en deux périodes distinctes, simultanément ou successivement. Cependant, le niveau d'indemnisation est jugé insuffisant pour les foyers les plus modestes.
Des craintes sur l'égalité réelle
Nahilé, du collectif féministe Nous Toutes, dénonce une « mesure poudre aux yeux » : « On craint que les personnes précaires ne prennent pas ce congé compte tenu des indemnisations et que dans les couples parentaux, ce soit la personne qui a le salaire le moins élevé qui s'en saisisse pour éviter au maximum des pertes de revenus. » Elle regrette que le dispositif ait été élaboré sans concertation avec les associations et collectifs concernés.
En 2024, dans le secteur privé, le salaire moyen des femmes est inférieur de 21,8 % à celui des hommes, selon l'Insee. L'association anticipe donc que les couples choisiront plus souvent que la mère prenne le congé, pour des raisons économiques. Autres critiques : le dispositif engendre « un coup de rabot sur les allocations familiales pour les familles qui ont des adolescents entre 14 et 18 ans » et les indemnités ne sont pas cumulables avec les allocations chômage.
Un intérêt pour les pères selon une spécialiste
Olivia Troupel-Pezet, maître de conférences en psychologie du développement de l'enfant à l'université de Toulouse, reconnaît que « le dispositif est dégressif et commence à 70 % du salaire, donc c'est sûr que les salaires les plus bas ne vont pas pouvoir en bénéficier ». Elle souligne néanmoins l'intérêt pour les pères de s'en saisir afin que le couple « apprenne à devenir parent ensemble ».
Selon cette psychologue, également codirectrice adjointe du groupement d'intérêt scientifique Bébé, petite enfance en contexte, « l'un des facteurs de protection du stress aussi bien maternel que paternel, c'est le conjoint ou la conjointe. Le fait qu'ils soient ensemble peut être très important pour le développement de la parentalité mais aussi le développement de l'enfant. »
L'importance de l'implication paternelle précoce
Les maternités sont de plus en plus ouvertes aux pères, certaines proposant même des lits pour les accueillir la nuit. Toute initiative qui inclut les pères le plus tôt possible est bénéfique. « Les hommes n'ont pas porté le bébé, prodiguer des soins contribue à les rendre pères, explique Olivia Troupel-Pezet. On sait qu'au niveau physiologique, plus le papa va être avec son enfant, plus il va sécréter d'ocytocines et plus son taux de testostérone va baisser, favorisant l'établissement d'un lien avec son enfant. »
Des freins sociétaux persistants
La parentalité se construit dans la durée et n'est pas innée. « Les pères ont besoin de temps avec leur enfant, insiste la psychologue. Ce n'est pas être un sous-homme, ou être moins viril que de s'occuper de son bébé. » Elle relève des freins dans l'organisation de la société, comme le fait que changer son bébé à l'extérieur se passe souvent dans les toilettes des dames.
Elle décrit les rôles de la mère et du père comme différents et complémentaires : la mère assure une fonction de sécurité, tandis que le père joue un rôle de pont social. « Alors qu'avec un porte-bébé, la maman va porter le ventre du bébé contre le sien, où il ne voit pas grand-chose du monde extérieur, le papa va davantage le porter dos contre son ventre, une position dans laquelle il voit tout le monde extérieur », illustre-t-elle.



